« Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien » scandait une voix éraillée sur un son de guitare qui brûlait les papilles comme un grand verre de vinaigre avec une tranche de citron. Et c’était bien. Six cordes qui dégringolaient sans fin du bout du ciel. Et ça te gueulait la légèreté à la gueule. Sois désinvolte, merde ! Et on écoutait et on comprenait pas vraiment, on entendait la guitare et c’était déjà beaucoup.

Et pourquoi pas ? Et pourquoi est-ce que qu’on ne serait pas désinvoltes ? Qu’est-ce que ça coûte ? Rien, c’est pratique. T’as vu je fais les questions et les réponses, je m’emmerde même plus. Si on est désinvolte, on peut s’amuser, de toute façon c’est sans importance. On pourrait imaginer n’importe quoi !

On pourrait imaginer un futur où on aurait colonisé Mars, on s’y serait installé, mais comme on s’y faisait un peu chier et bien on est rentré. Pourquoi pas ? On pourrait décider de reparler d’Édouard Balladur. On pourrait se peindre en vert et se déguiser en table basse. On pourrait pousser la charrue, les bœufs et mamie dans les orties. On pourrait quand même se marrer un peu.

On pourrait juste s’intéresser à  la pluie qui tombe, parce qu’on dirait qu’on aimerait bien la pluie. On pourrait passer des heures à construire des mondes en carton dans l’ombre jaune de nos chambres d’enfants trop grands, juste parce que ça fait des voyages dedans la tête. On pourrait se promener les yeux fermés juste pour se perdre. On pourrait éteindre la radio et chanter la digue du cul à la place. On pourrait enterrer Johnny en chantant Eddy Mitchell. On pourrait voir qu’il y a de l’orage et sortir quand même sans parapluie en espérant que ça nous tombe pas sur la gueule. On pourrait écouter des guitares qui dégringolent comment la grêle et des voix qui nous disent des trucs qu’on écoute pas vraiment mais qu’on aime bien parce qu’on nous les crie du haut du ciel.

« Soyons désinvoltes ». Après tout, n’a-t-on pas déjà trop confondu l’actualité avec l’importance ? Ce qui s’est passé hier se passera encore très probablement demain, voire après-demain. Donc on peut se permettre d’être un peu désinvolte, de prendre la réunion sur le dossier Bouchard, ou le rendu de SVT pour mardi prochain avec un peu plus de légèreté. L’important se trouve au-delà de l’actuel.

Et puis « n’ayons l’air de rien ». Ça fatigue d’avoir l’air.

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