Toujours dans la perspective de se la coller avec douceur « dans les règles de l’art », on va parler mixologie. Ça faisait un bail déjà qu’on avait pas abordé le sujet et crois-moi sur parole quand je te dis que la tambouille dont il va être question ici fait fort bien le café.

Les beaux jours se profilant à l’horizon, voici pour toi El Diablo. Ce nom résonne déjà comme la promesse de grosses paires de claques par derrière les oreilles à chaque lichée. Alors, perdus au beau milieu des brumes éthyliques, nous assistons, nous les crétins émerveillés et merveilleux, non sans l’once d’ingénuité qui sied tant à ce genre d’occasion, au caractère intempérant de la chose. Et quel ravissement quand le produit nous cueille, vient nous griser jusqu’à la félicité, jusqu’à l’appesantissement. Ces moments paradoxes pleins d’alacrité malgré tout, je ne cherche que ça. Que dis-je, nous ne cherchons que ça, non ?

Comme pour le Dark ‘n’ Stormy qui avait déjà fait l’objet d’un article In wino veritas, le credo de la maison est de proposer des cocktails faciles à préparer, pas besoin d’un dispositif complet de chimiste pour espérer toucher du bout de nos doigts malhabiles la soûlographie et ainsi tutoyer ses sommets au relief accidenté, arpentant, non sans mal, le sentier d’altitude escarpé, le temps de quelques minutes, qu’on appelle cuite. Faire simple, boire simple.

Je te mets en dessous la liste des ingrédients nécessaires à la réalisation de la potion :

  • 50 ml de tequila Ocho
  • 15 ml de crème de cassis Merlet
  • 20 ml de jus de citron vert
  • Compléter le reste avec de la ginger beer Fever-Tree
  • Garnir le bordel d’un quartier de citron vert

Alors, pour ce qui est des indispensables, évidemment, on reste sur le tequila, la crème de cassis, le citron vert et la ginger beer. Quant aux marques citées au dessus, elles sont utilisées dans les recettes des professionnels de la mixologie donc j’ai choisi de les mentionner. Après, une question se pose. Ce sont des produits qui certes coûtent plus cher que ce que l’on peut trouver dans la grande distribution mais comme pour la cuisine, la qualité des ingrédients choisis se répercutera forcément sur le plat lui-même. Donc autant privilégier ces marques adoubées par les pros, même si bien sûr des équivalences existent et on peut parfaitement réussir El Diablo avec d’autres produits. Mais le socle commun – tequila, crème de cassis, citron vert et ginger beer – doit rester inchangé, c’est ce qui confère sa véritable identité aromatique au cocktail.

On part donc sur une base de tequila. En même temps, El Diablo, ça sentait bon le Mexique dès le départ cette connerie, non ? Et déjà, une interrogation : la ou le ?

On est tous d’accord, la grande majorité des gens parlent du tequila au féminin. Combien de fois n’a t-on pas entendu Sarah, 18 ans et déjà bien imbibée, bassiner tout le monde en soirée pour se faire, je cite, « une tequila frappée ». La Tekpaf de tes morts.

Si on se pose encore cinq minutes sur le sujet, on peut relever différentes observations. Déjà, que le nom de cet alcool est également le nom d’une ville mexicaine, située dans l’État de Jalisco, localité dont il est originaire d’ailleurs. Le champagne vient de la Champagne, le cognac de Cognac et le tequila de Tequila. On est bien.

Mais quid des gens de là-bas ? Qu’est-ce qu’ils disent ? Eh bien, les Mexicains parlent de el tequila, au masculin donc, même si la terminaison en « a » invite évidemment les francophones à la féminisation.

Maintenant qu’on sait tout ça, on fait quoi ? Eh bien ce que tu veux, la tequila, le tequila, peu importe à vrai dire. Sache juste qu’au Mexique, son pays d’origine, c’est masculin et en France, comme après une bonne reculée des familles, on est dans le flou même si quasi tout le monde, comme pour faire rimer le tout, préfère dire « la tequila ».

Comme je le disais un peu plus haut, ce cocktail est simple dans sa réalisation. Le genre de boisson suffisamment sophistiqué qui te permet de proposer en un minimum de temps quelque chose qui sort de l’ordinaire à tes convives en soirée improvisée, ou à toi-même hein. Ce n’est pas interdit. Il te suffit donc de te procurer les ingrédients, de prendre un verre, les incorporer, remuer et c’est tipar. Quoi de plus facile ? À part peut-être en commander un directement dans un bar. Mais comme à l’heure actuelle ils sont encore fermés, je te la souhaite bonne. Après tu peux toujours attendre le 2 juin et leur réouverture mais ça fait attendre quatre jours et quand on a soif, on ne se réserve point.

Car l’objectif de In wino veritas est avant tout de faire connaître la mixologie et de découvrir qu’à partir de recettes simples, on peut aisément arriver à se faire plaisir chez soi, seul ou à plusieurs, à un moindre coût. Eh ouais, dans un bar, le cocktail est généralement entre 6 et 8 balles le verre et si t’aimes le produit concocté, tu vas casquer. Alors qu’en le réalisant toi même – encore une fois pour une recette simple – tu dépenses moins et donc tu te limites moins. Et puis comme ça, finies les mauvaises surprises dans les bars avec des cocktails infâmes.

À ce qu’il paraît, il y a des personnes qui sont mortes sans jamais connaître le plaisir de déguster un old fashioned qui se tient debout. C’est triste non ? Putain, oui.

Mais si jamais certains d’entre vous veulent vraiment se cuiter dans les règles de l’art, voilà quelques indications supplémentaires sur cette dinguerie qu’est El Diablo.

Ce cocktail se sert dans un verre Highball que tu auras préalablement mis au réfrigérateur. Si une soirée est prévue chez toi, tu peux mettre les verres quelques heures avant les réjouissances, sinon quelques minutes au frais feront amplement l’affaire. Rempli le contenant de glace et incorpores-y les ingrédients pour finir par compléter le fortifiant avec la ginger beer. En plus du verre Highball, indispensable à la noble pratique de la mixologie, tu devras avoir en ta possession un second accessoire pour mener à bien ton travail d’alchimiste alcoolique : une cuillère. Mais c’est pas n’importe quelle cuillère (Harry), c’est une cuillère de bar. Ensuite, mélange du bas vers le haut. Et parachève ton œuvre au moyen d’un quartier de citron vert.

Et si tu veux avoir une petite idée de ce que donne ce savant mélange, le Guide de L’Expert Cocktails de la Maison du Whisky, édité chez Flammarion, nous explique que :

La bonne combinaison entre le citron vert et le tequila n’est plus à démontrer. Mais l’adjonction de la crème de cassis et du ginger beer bouleverse nos habitudes pour atteindre de nouveaux sommets gustatifs.

Pour la petite histoire, El Diablo aurait été vraisemblablement créé dans les années 40 par la chaîne de restaurants américaine Trader Vic’s. Cette dernière a également participé à l’essor du concept de tiki bar à travers le monde avant que le truc ne finisse par s’essouffler un peu partout. Triste. D’ailleurs, la culture Tiki ne sera-t-elle pas l’objet d’un futur article estampillé In wino veritas ?

Je te laisse ci-dessous quelques albums incontournables sonnant résolument tiki spirit, de quoi te concocter une petite playlist des familles pendant tes manipulations d’apprenti sorcier. Ça peut aider, on ne sait jamais. En tout cas, moi ça m’aide. Voilà, je pose ça là, mais tu fais bien comme tu veux. Après tout, si écouter le dernier album de Mariah Carey en te préparant une piña colada est un kif alors c’est cool. I respect that!

KEEP ON ROCKIN!

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