La vague culturelle sud-coréenne a une telle ampleur qu’elle a son petit nom à elle : la Hallyu. Ce terme créé par la presse chinoise, dans les années 90, signifie tout simplement « vague coréenne ». C’est à cette époque que la Corée du Sud commence à rayonner en dehors de ses frontières. Les séries télévisées appelées « dramas » font alors un carton en Chine puis dans toute l’Asie. 

Le gouvernement sud-coréen soutient massivement l’exportation de la culture populaire, véritable atout économique pour le pays, en investissant dans les secteurs concernés depuis le début des années 2000. La Hallyu est devenue un tremplin à l’international pour les artistes coréens en tout genre, du cinéma jusqu’au domaine musical.

Un engouement jusque dans l’Hexagone

À une plus grande échelle, la France découvre la Hallyu, et plus précisément la K-Pop (pop coréenne) à travers le succès planétaire à plus de 3 milliards de vues de « Gangnam Style » par l’artiste Psy. Sorti en 2012, le clip provoque l’hilarité, mais le refrain entêtant reste dans tous les esprits.

Là où la Hallyu ne concernait que quelques initié.es, le phénomène a conquis le cœur de milliers de jeunes gens. C’est à travers différents médiums que la culture sud-coréenne est arrivée, petit à petit, à s’imposer dans les passions. La barrière de la langue n’est même pas un obstacle à cette propagation.

Des communautés de fans appelées fandoms se créent un peu partout en France. Des pages Facebook et des blogs dédiés aux Ulzzangs (mannequins en ligne), à tel ou tel boys band ou girls band, aux K-dramas et bien d’autres prolifèrent sur internet et parlent de l’actualité de la Hallyu.

Avec les années, le phénomène migre sur d’autres réseaux sociaux comme Twitter. La vague coréenne a également touché les kiosques français, où l’on peut trouver depuis quelques années, de plus en plus de magazines spécialisés.

Alyssia, Pauline et Morgiane font partie des férus de la culture sud-coréenne. Elles ont toutes les trois étés touchées par la « Korean Fever » à différentes périodes.

Musique, films, séries, maquillage, mode … tout le monde y trouve son compte !

Depuis 2009, Pauline, 23 ans, est passée par plusieurs stades : « J’ai passé mon adolescence à aimer des groupes de K-Pop. Cela m’a aidée dans des moments où je ne me sentais pas bien. Lors des comebacks (sortie d’un single ou d’un album), j’avais tellement hâte que ça me rendait vraiment heureuse ». Aujourd’hui, la jeune femme est moins assidue, mais la Hallyu fait toujours partie de sa vie. « Je suis encore quelques groupes qui ont grandi et qui ont vieilli avec moi, si je peux dire, même s’ils sont moins actifs »  lance-t-elle dans un petit rire.

Collection d’albums du girls band Girl’s Generation appartenant à Pauline ©Pauline Morin

Pour Morgiane qui a découvert la culture sud-coréenne plus récemment en 2017, le coup de cœur s’est fait à travers les dramas coréens : « J’ai été attirée par cette forme de naïveté qu’il y avait et par l’originalité des scénarios. Les valeurs traditionnelles que sont le sens de la famille et le respect des anciens m’ont beaucoup plu, car on ne retrouve plus ça dans les séries américaines. » De fil en aiguille, la jeune femme de 22 ans va découvrir et se mettre à lire des webtoons (bandes dessinées en ligne) dont sont parfois inspirés les séries et films qu’elle regarde. Elle trouve également un certain attrait pour la cuisine sud-coréenne : « Quand tu regardes des dramas, ce qu’ils mangent te donne envie. Donc, tu vas chercher un peu le nom des plats, comment ça se cuisine, etc. […] Je trouve que quand tu découvres une culture, il faut forcément découvrir la cuisine qui va avec. »

Repas coréen cuisiné par Morgiane à base de Kimchi (chou fermenté pimenté), de riz mariné et de japchae (plat de nouilles translucides), accompagné d’un jus de pêche rose ©Morgiane Mazari

Quant à Alyssia, le lien avec la Corée du Sud s’est créé en 2014 : « J’ai toujours apprécié la pop très colorée, très pêchue. J’ai commencé à m’intéresser de plus près à la K-Pop quand la pop occidentale des années 2010, avec des artistes comme Katy Perry, commençait à disparaître. » Alyssia y a retrouvé la qualité scénographique d’artistes tels que Michael Jackson ou encore Beyoncé : « C’est un tout, la K-Pop ce n’est pas juste de la musique. Ce sont aussi les chorégraphies, les clips, le travail de stylisme et les concepts uniques propres à chaque groupe. C’est un univers. »

Aller voir la Hallyu de plus près

C’est bien beau de vivre la culture coréenne par procuration, mais c’est encore mieux de la vivre sur place. Pauline et Alyssia ont eu la chance de s’envoler pour la péninsule coréenne. Une fois sur place, elles ont pu (re)découvrir cet univers qu’elles ont eu l’habitude de côtoyer à travers leurs divers écrans.

Pour Pauline, qui apprend le hangeul (le coréen) depuis plusieurs années, la case voyage était celle qui venait le plus naturellement : « J’y suis restée un an, via un visa vacances-travail. C’était sous un autre aspect que je voulais découvrir le pays. J’y suis allée pour améliorer ma pratique de la langue, pour rencontrer des amies que j’avais là-bas de longue date et pour y travailler un peu. »

Pauline (deuxième en partant de la droite) et ses amies en Hanbok (tenue traditionnelle) à Séoul ©Pauline Morin

En s’y rendant en 2018 avec des amies, Alyssia s’est rendu compte du travail de communication monstre qu’il y a autour de la K-Pop et des Idoles (célébrités coréennes) en général : « Tout est fait pour que tu ne penses qu’à ton groupe ou ton artiste préféré, du matin jusqu’au soir. Tu ne peux pas t’ennuyer, il y a toujours du contenu. »

Alyssia dans les locaux de la SM Entertainment, l’un des 3 plus gros labels de K-Pop, entourée de photos du boys band Super Junior ©Alyssia Gaoua

Dérives et critiques

Derrière les tenues flashy et le culte de la perfection, se cache tout de même une face plutôt sombre. Le mot fan vient de fanatique et comme tout objet de passion, la Hallyu provoque des dérives. C’est le cas, notamment avec l’idéal de beauté sud-coréen qui comporte des critères très stricts comme la minceur à tout prix, ou avoir un visage de poupon très blanc. Cela amène les fans, souvent adolescents, à se sentir mal dans leur peau et à vouloir atteindre un physique irréel.  « Quand on est très jeune, ça peut vite devenir de l’idolâtrie : ne vivre que pour son idole, faire de mauvaises choses pour son idole… C’est assez grave d’en arriver là » détaille Pauline.

Les sasaengs (fans obsessifs) sont la personnification même d’un comportement toxique et malsain. Leurs actions qui consistent souvent à épier et à infiltrer la vie des Idoles, mettent très souvent en danger ces derniers. Malheureusement, cette culture fan extrême s’est aussi exportée avec la Hallyu. Des sasaengs apparaissent également parmi les fans étrangers.

Indépendamment de ces dérives, les fans de la Hallyu font face à beaucoup de mépris concernant leurs attachements à la culture sud-coréenne. Morgiane a pu entendre, par exemple, des remarques du type : « Ah ! Mais, tu regardes encore tes Chinois ?! »

 « On sous-estime beaucoup la musique coréenne en France. Je trouve ça triste de juger un style de musique qui est plus vaste que ce dont il a l’air. Il n’y a pas d’âge pour être fan, mais en France on le comprend moins » explique Alyssia.

Un soft-power qui rayonne aussi sur la diaspora

Bien au-delà des physiques avantageux des acteurs et actrices sud-coréens ou bien le côté catchy des tubes de K-Pop, la Hallyu c’est aussi un étendard diplomatique. Les fans se passionnent davantage pour les aspects sociolinguistiques une fois entrés en contact avec cet univers. Cela contribue au rayonnement du pays dans le monde. Pour les expatriés sud-coréens, cette vague culturelle est bénéfique.

C’est ce qu’explique Ahyoung, une étudiante sud-coréenne, en France depuis bientôt 6 ans. Grâce à la Hallyu, parvenue jusqu’en France, la jeune femme peut retrouver un petit goût de chez soi à des milliers de kilomètres des siens. « C’est énorme. J’étais vraiment surprise quand j’ai rencontré des Français qui connaissent parfois mieux que moi des dramas ou des groupes de K-pop » raconte-t-elle.

Ce sentiment est partagé par Goeun, 21 ans, en France depuis 6 ans également : « J’étais choquée lorsque je suis arrivée. J’ai eu la chance de trouver des personnes qui connaissaient la culture coréenne, et même quelques mots. Cela m’a vraiment fait plaisir. J’ai eu le sentiment de rencontrer de vrais amis.» 

À l’instar des deux étudiantes, d’autres Coréens se sont installés en France ces dernières années, et participent à cette vague culturelle en ouvrant des épiceries ou des restaurants. Cela permet à Ahyoung notamment de se concocter des plats de chez elle avec des produits achetés à deux pas de son appartement parisien.

Poulet frit coréen avec des kimbaps (cousin coréen du maki japonais), de la viande marinée préparés par Ahyoung et accompagné de bières coréennes ©Ahyoung Kim

La Hallyu ne se résume donc pas seulement à BTS, Blackpink ou encore aux tablettes de chocolat du chanteur Rain Bi (enfin peut-être un peu quand même..). C’est le fait d’embrasser plusieurs aspects de la culture sud-coréenne, cette nouvelle pop culture, si vaste, en passe de dépasser la vieillissante pop culture américaine auprès de la jeune génération. La Hallyu apporte un vent de fraîcheur et égaye les quotidiens. Alors, vous laisseriez-vous tenter par celle-ci ?