Dès le début de la pandémie du coronavirus, la communauté internationale a eu des doutes sur la bonne volonté du régime syrien. En mars, Damas nie tout cas de coronavirus sur le territoire. Pourtant, le pays est à proximité de l’Iran, soit le pays le plus infecté du Moyen-Orient à ce moment.

2+2 = 1

Plus les mois passent, plus les annonces du gouvernement sont floues. S’il a fallu du temps pour qu’il admette que l’épidémie mondiale ne s’est pas arrêtée à la frontière, l’ampleur de cette-ci reste un non-dit. En mai, 79 cas confirmés. En juin, 157. En juillet, 532. En août, 1 593 cas. En septembre, 3 229. L’évolution est radicale, essentiellement parce que ces chiffres ressemblent plus à ceux d’un loto morbide que le résultat d’une politique de test rigoureuse sur l’ensemble du pays. Par exemple, les autorités locales estiment qu’il y aurait 112 500 cas rien que dans la zone de Damas. Les ONG comme le personnel médical appellent alors à la méfiance face aux chiffres du gouvernement, qui dissimulent une crise lourde qui touche le pays dans sa globalité.

Manque de moyens

Dans les faits, la Syrie est particulièrement touchée par la COVID-19. Le pays vit quotidiennement la guerre depuis 9 ans. Le régime d’Al-Assad n’a en effet pas mis la priorité sur la protection sociale et les infrastructures de santé pendant sa reconquête du pouvoir.

Résultat, les hôpitaux délabrés par les conflits sont surpeuplés, si bien que le personnel hospitalier a reçu la consigne de refouler les malades à l’entrée. Les médecins manquent de matériel médical, de masques, de tests, de gel hydroalcoolique. Les hôpitaux d’Alep sont même en manque de sacs mortuaires. Le tout face au déni des autorités publiques.

Comment agir face au déni ?

C’est bien la question qui se pose à Damas et ailleurs. Plusieurs soignants ont fait part de leur inquiétude sur la situation, mais surtout de leur peur de signaler à grande échelle les défaillances de l’État. Les Syriens meurent devant les hôpitaux, mais personne ne doit en parler. Ainsi la réalité s’efface au profit de postures tant officielles que factices.

Presque logiquement, c’est dans la léthargie que le régime vit la crise. Un début de confinement avait été mis en place, ainsi que la fermeture des écoles ou l’interdiction des prières collectives. Par peur d’un effondrement économique, apparemment, toutes ses mesures ont été assouplies, encourageant les gens à retourner au travail, à produire en toussant. Évidemment, cela ne fait qu’augmenter la propagation du virus.

Ce sont finalement les Organisations non gouvernementales qui ont pris la situation en main. World Vision, Human Right Watch ou Médecins sans Frontières mènent des campagnes sur place et à l’international pour aider les Syriens à se soigner et à se loger. En plus de cela, ces ONG militent activement auprès des leaders mondiaux pour donner les moyens de faire plus de tests, et de renforcer le système de santé dans les régions en crise grave. De cette façon, les Nations Unies ont collecté 6,9 milliards d’euros, dont 2,3 proviennent de l’Union européenne et de ses États. L’ONU avait toutefois prévu un plan à 10 milliards pour éviter à la Syrie de tomber dans une crise encore plus grave.

Les Syriens, eux, ne peuvent que subir une situation qui ne fait que leur échapper depuis maintenant bien longtemps. Après la guerre et le virus, plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et environ 50 % sont au chômage. Bien vu comme plan de relance. C’est là une des conséquences de la politique agressive d’Al Assad. Pour reconquérir des territoires sur des rebelles, il coupait l’approvisionnement en nourriture. La faim aura eu raison de ces adversaires, mais c’est maintenant tous les Syriens, y compris ses soutiens, qui s’endorment le ventre vide. La farine, le sucre ou le riz deviennent des denrées rares, mais les jours se suivent et se ressemblent.

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