Une chasse au trésor. Pour certains, ce jeu renvoie aux après-midis d’été passés à relever des indices, suivre des pistes, et triompher d’énigmes mystérieuses. Eiichiro Oda, auteur du manga One Piece, lui, en a fait le cœur et le corps de son œuvre. Avec 1002 chapitres, 97 volumes, et près de 470 millions d’exemplaires vendus dans le monde, One Piece s’impose depuis près de 23 ans comme le numéro un.

Au-delà des qualités narratives indéniables de l’œuvre, de nombreux lecteurs trouvent dans ce manga bien plus qu’un simple passe-temps. Sans toujours savoir l’expliquer, One Piece a apporté quelque chose en plus ou comblé un vide, dans la vie de certains fans. Pour comprendre pourquoi One Piece est aussi magnétique, il faut notamment s’intéresser à la manière dont il est construit. 

Grande œuvre, petits détails

Luffy au chapeau de paille, le personnage principal, est un jeune homme au rêve démesuré : devenir roi des pirates. Pour cela, il doit conquérir les mers et surtout, trouver un trésor légendaire : le One Piece. L’épopée s’intègre dans un monde incroyablement complexe dont les logiques profondes échappent encore au lecteur. « A chaque mystère qu’il [E. Oda] révèle, on en a trois autres derrières. Ça, c’est le propre de One Piece » raconte Shidow, youtubeur One Piece. « Oda est bien conscient de l’intérêt que porte ses lecteurs aux mystères de son œuvre et il en joue beaucoup » s’amuse Goji, youtubeur One Piece professionnel. 

Eiichiro Oda prend en effet un malin plaisir à semer des indices dans les moindres recoins de son œuvre. Il est passé maître dans l’art du foreshadowing, un procédé narratif qui consiste à distiller des éléments en apparence anodins, pourtant annonciateurs des faits majeurs à venir dans l’intrigue. Dans le chapitre 310, un étrange emblème avec un oiseau dessiné sur une planche colorée passe inaperçu. Son sens, fondamental pour l’histoire, n’est révélé qu’au chapitre 816, soit douze ans plus tard. Voilà une preuve éloquente, s’il en fallait encore, qu’Eiichiro Oda maitrise parfaitement son œuvre.

Planche colorée, chapitre 310 de One Piece, Eiichiro Oda (2004)

Sur les pas du « maître » 

Dans One Piece, tout reste à découvrir. Cette évidence a poussé d’innombrables lecteurs à partir à la recherche d’un sens caché, d’un dessin révélateur, d’un symbole mystérieux. « L’un de ses [E. Oda] plus grands défauts, le fait de ne quasiment rien dévoiler au sujet des mystères profonds de son œuvre, est devenu sa plus grande qualité » résume Goji, avant de poursuivre : « Je vois vraiment One Piece comme un bac-à-sable géant où tout le monde est invité à sauter pour créer sa propre construction. » 

Illustration de Jesse Martin représentant la communauté One Piece sur Youtube

Il y a un véritable engouement de la part des lecteurs pour les théories en tout genre. Les youtubeurs One Piece, véritables archéologues de l’œuvre, traquant le moindre indice, rencontrent un succès considérable, avec pour certains, des centaines de milliers d’abonnés. « Même si ça peut paraître tordu, incohérent ou même totalement fou, chaque théorie a une raison d’exister et c’est ce que je trouve dingue » explique Goji, l’un des piliers de la discipline.  

« Cette œuvre a vraiment lancé une grande vague de piraterie ! »

Goji, Youtubeur One Piece

Shidow, lui, ose le parallèle : « On peut dire que c’est une chasse au trésor dans le sens où, quand quelqu’un arrive à comprendre et savoir ce qu’il s’est ou va se passer, il a trouvé un trésor […] On se trompe plus qu’on ne trouve de trésors, c’est ce qui donne encore plus de valeur aux trouvailles. » Une position partagée par Goji, selon qui, « les gens prennent au pied de la lettre l’aspect ‘chasse au trésor’ de One Piece. Cette œuvre a vraiment lancé une grande vague de piraterie ! » 

Ce jeu du chat et de la souris entre des lecteurs en quête de vérités et celui qu’ils surnomment unanimement « le maître » semble aujourd’hui arriver à son paroxysme, au moment où point le crépuscule de l’œuvre. Le mystère du One Piece reste pourtant entier, car ne vous y trompez pas, Eiichiro Oda a toujours une longueur d’avance.