En marge de sa prolongation chez Deceuninck – Quick Step, juste avant de se lancer sur le critérium du Dauphiné, Julian Alaphilippe déclarait au Parisien : « On ne m’a pas demandé de jouer le classement général du Tour de France sur les deux prochaines années. Et cela me va très bien. » A vrai dire, ce n’était une surprise pour personne : le numéro 1 mondial au classement UCI n’est pas un coureur de grand tour. Friand de classiques, celui qui n’avait jusqu’ici jamais fait mieux qu’une 33ème place sur une telle épreuve (l’année dernière, sur la Grande Boucle, où il avait également pris le maillot à pois) venait tout juste de remporter son premier « Monument », s’imposant sur le Milan – San Remo, en plus de ses victoires de prestige sur la Flèche Wallonne et sur la Strade Bianche. Un début de saison bien rempli, donc.

Le Tour arrivait ainsi comme un challenge pour le leader de la team Deceuninck – Quick Step, l’occasion de se faire plaisir en allant chercher quelques étapes tout en panache, comme l’année dernière au Grand-Bornand et à Bagnères-de-Luchon. Le classement général ? Soyons sérieux, on ne frappe pas à la bonne porte. A la limite, quelques jours en jaune, à l’image d’un Philippe Gilbert, d’un Greg Van Avermaet ou d’un Laurent Jalabert, en son temps. Mais de là à vraiment se battre pour devenir le premier Français à porter le maillot sur les Champs depuis Bernard Hinault en 1985…

L’histoire commence fort, mais sans grande surprise : dès la troisième étape entre Binche et Epernay, Alaph’ sort de sa boîte et place une attaque foudroyante dans la côte de Mutigny, laissant le peloton et ses favoris (Thomas, Bernal and co) sur place. Rattrapant Tim Wellens, alors en tête de l’étape, il fait valoir ses qualités de descendeur, ne laissant aucune chance au maillot à pois du moment. Maintenant son avance jusqu’à la ligne d’arrivée, il prend alors la tunique jaune pour la première fois de sa carrière. L’émotion est palpable, « le scénario rêvé » pour celui qui, en toute modestie, se serait déjà bien contenté de dominer le classement général le temps d’une étape.

Au soir de la 6ème étape, à la Planche des Belles Filles, Julian déjaunit pour 6 petites secondes, au profit de Giulio Ciccone. On se dit logiquement, non sans une petite pointe de nostalgie, que c’était quand même sympa de voir un Français vêtu de ce bel apanage, chose qui n’était plus arrivée depuis 2014 avec Tony Gallopin. Logiquement, les favoris vont prochainement tenter quelque chose, l’étape entre Mâcon et Sainté arrivant deux jours plus tard.

On ne s’y trompe pas : Julian attaque à Sorbiers, dans la côte de la Jaillère (dans ma ville, à un petit Km de chez moi, pour me la péter un peu). Et qui suit ? Thibaut Pinot, l’un des plus gros espoirs français pour le général. Le peloton reste sur place, les deux lurons finissent main dans la main à Geoffroy Guichard, pour ce qui restera l’une des plus belles images de cette édition 2019. Loulou reprend son maillot, et cette fois, c’est promis, il s’y accrochera comme une moule à son rocher.

Le plat arrive. On s’ennuie tous un peu devant la télé, attendant les 30 dernières secondes de l’étape en s’occupant comme on peut. Mais tant mieux : le maillot jaune reste tranquillement sur les épaules du Français, qui n’a pas vraiment à s’employer pour le conserver. Mieux : il tente des coups pour déstabiliser ses opposants. Malheureusement, seuls Thibaut Pinot et la Groupama – FDJ sont pris dans la bordure, à l’approche d’Albi, faisant perdre plus d’une minute au Franc-comtois.

On a alors droit à un contre-la-montre pour la 13ème étape. Une discipline dans laquelle Alaphilippe avait déjà montré des aptitudes solides, s’y étant déjà imposé à plusieurs reprises. Mais face à Geraint Thomas, notamment, on ne lui laisse que peu de chances. L’objectif est clair : ne pas perdre trop de temps sur son principal poursuivant, vainqueur du précédent Tour. Au moment de s’élancer, le cerveau est laissé derrière la scelle : il ne sert à rien de calculer, car c’est dans la performance pure et dure, dans la générosité, que le Bourbonnais se sublime. Pari plus que réussi : 14 secondes de gagnées, une étape dans la poche et un maillot jaune toujours plus solide.

On est alors en plein cœur des Pyrénées, et on se prend à rêver : et s’il le faisait ? Pourquoi pas, après tout. Songes encore davantage permis par le déroulé de l’étape du mythique col du Tourmalet : dans l’explication de texte entre les leaders du classement général, Thomas craque, Uran et Landa faiblissent, Pinot laisse tout le monde sur place à 250 mètres de l’arrivée et démontre toute la force qu’est la sienne sur les hauts sommets, s’il fallait la prouver. Derrière lui, Julian s’accroche et va chercher une deuxième place au forceps ainsi qu’une bonnif’ bienvenue.

Un nouveau tour de force franco-français, qui va marquer l’envolée du coureur de la Groupama – FDJ : le lendemain, rebelote, ou presque. Parmi les favoris, Thibaut se montre à nouveau le plus fort. Second de l’étape, il prend encore du temps à tous ses rivaux. Thomas lui concède 50 secondes, Alaphilippe 1’16’’, restant en jaune au prix d’une abnégation sans borne. Mais pour la première fois depuis le début de la course, Julian montre ses limites. « Si je craque, j’espère qu’il (Pinot) reprendra le flambeau côté français », déclare-t-il à l’arrivée. Car tel qu’il l’avoue, avec le programme à venir et les trois étapes des Alpes, « (son) maillot ne tient qu’à un fil. »

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