La récente série, que je vous conseille, m’a poussé à rédiger cet article car je trouve qu’elle retransmet assez agréablement le contexte et les évènements de cette bataille, malgré certaines erreurs et anachronismes (inhérents à une œuvre audiovisuelle, me direz-vous).

La Germanie, zone complexe

L’une des premières mentions de la Germanie arrive dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César. Ce dernier, qui rassembla les différents peuples d’Europe de l’Ouest sous une forme homogénéisée qu’il appela « Gaule », fit de même pour désigner les peuples germains en nommant la région « Germanie ». Mais soyons clairs, ces peuples étaient le plus souvent ennemis les uns les autres et ne formaient pas une entité étatique uniforme.

Après la conquête de la Gaule, l’Empire Romain naissant décide de franchir le Rhin en -8 avant Jésus-Christ. La Germanie (en tout cas pour sa partie occidentale) est considérée comme conquise par les romains à partir de l’année suivante. Les principaux peuples vivants en bordure de cette zone sont les Chérusques, les Bructères, les Cattes, les Marses ou encore les Sicambres.

Les germains situés en bordure de l’Empire participeront à la révolte

En l’an 7 après Jésus-Christ, un nouveau gouverneur est nommé dans la région par l’Empereur Auguste. Son nom est appelé à rester tristement célèbre dans l’Histoire de l’armée romaine, Publius Quinctilius Varus. Durant près de deux années, il dirigera la région d’une main de fer pour pacifier et romaniser cette nouvelle province, notamment par la levée d’impôts et l’application du droit romain. Qui dit droit romain dit condamnations à mort et comme souvent à l’époque, par crucifixion. Ces procédés choquent particulièrement les tribus germaines.

Ce poids de plus en plus lourd de Rome sur les peuples fiers que sont les Germains donne lieu à de nombreuses révoltes isolées mais vite matées par Varus.

Arminius le chérusque

Lors des conquêtes, il n’était pas rare de voir des fils de chefs enlevés par Rome afin d’être « romanisés ». Arminius, connu également sous le nom d’Hermann le Chérusque, est le fils du chef chérusque Segimer. Il est emmené à Rome où il devient citoyen romain à part entière. Engagé dans l’armée romaine, il devient un proche conseiller du gouverneur Varus à son retour en Germanie à partir de l’an 7.

Il sera même à la tête des troupes auxiliaires germaines (des mercenaires germains payés par Rome pour appuyer l’armée romaine).

Varus traitant avec les chefs germains – Gravure du XVII°

Malgré son éducation romaine, Arminius semble touché à son retour par ce que subissent ses « compatriotes » germains. Il participera donc à la fameuse bataille et en sera même l’un des principaux instigateurs.

Septembre 9 : un combat historique

Alors qu’Arminius garantit à Varus que la colère ne gronde pas en Germanie, ce dernier voyage dans les différents peuples plus à l’Est. Il commande, selon les écrits, les trois légions XVII à XIX (bien que peu d’informations ne soient parvenues aux historiens à propos de ces dernières). Sa campagne se passe sans encombre. Sur le retour, il reçoit même l’appel à l’aide d’un peuple germain, auquel il décide de répondre favorablement.

Il s’engage alors sur une route que les romains ne connaissent pas du tout et décide de traverser la forêt de Teutobourg. Sur un long chemin étroit, l’imposante organisation militaire romaine doit être modifiée. Les blocs sont séparés et les légions avancent en file indienne pour serpenter dans cette forêt profonde.

C’est à cet instant précis que les germains placèrent leur attaque, sachant les romains fragilisés par cette disposition tactique et géographique. Les légions ne peuvent organiser leurs formations stratégiques : les soldats se défendent tant bien que mal par petits groupes.

Tableau dépeignant la bataille de Teutobourg

Alors que Varus attend naïvement l’aide d’Arminius, ce dernier l’attaque à son tour avec les troupes auxiliaires, ralliées désormais aux germains.

A l’issue du 1er jour, les pertes sont catastrophiques pour les latins qui construisent un camp de fortune et espère encore l’emporter. Le 2ème jour est plus rude : les germains bloquent toute possibilité de campement. Les romains, de moins en moins nombreux, sont usés des assauts ennemis, qui quant à eux sont de plus en plus nombreux. Enfin, le troisième jour sonne le glas des légions romaines, décimées aux ¾.

Humiliation suprême : les aigles d’or, symboles des légions, sont volés. Deux d’entre eux seront récupérés par Germanicus lors d’une campagne militaire en l’an 16 tandis qu’il faudra attendre l’an 41 pour que Rome récupère son dernier aigle disparu !

Le « Désastre de Varus »

Les conséquences sont lourdes pour Rome puisque cette défaite marque un important coup d’arrêt dans l’expansion romaine en « Grande Germanie », le limes (frontière) se stabilisant progressivement dans la zone. Cette bataille est décisive dans l’histoire de l’espace germanique où l’influence romaine ne restera que partielle.

Alors que Varus, vaincu et humilié, se suicide en s’empalant sur son épée, Arminius parvient dans un premier temps à fédérer les peuples autour de son autorité dans le but de fonder une nouvelle puissance germaine. Néanmoins, les germains reprirent leurs querelles intestines et Arminius meurt assassiné… (pas cher payé n’est-ce pas ?). Ce dernier fut cependant érigé en héros national allemand au XIX° siècle pour avoir défendu la patrie. Vous l’aurez compris : Arminius est à l’Allemagne ce que Vercingétorix et Boudicca sont à la France et l’Angleterre.

Dans la ville éternelle, des auteurs latins comme Suétone rapportèrent qu’Auguste fut traumatisé par cette défaite au point ne plus se raser ou même de se couper les cheveux. La phrase qui lui fut attribuée selon la légende est sans équivoque :

Varus, rends-moi mes légions !

Phrase attribuée à Auguste…

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