Le tourisme, c’est quoi déjà ?

Cela peut paraître un peu idiot au premier regard car nous avons grandi et avons baigné là-dedans (c’est le cas de le dire) mais j’ai tout de même voulu revenir sur les origines de ce phénomène.

Au XVIII° siècle existait Le Grand Tour. Il s’agissait d’un voyage d’éducation réservé aux jeunes membres (principalement des hommes hein) issus des hautes classes des sociétés européennes. Les destinations alors les plus prisées sont l’Italie, la France, les Pays-Bas ou encore l’Allemagne. À l’époque, pas de booking, on improvise au fil des pérégrinations !

Par la suite, le tourisme se démocratise à la fin du XIX° siècle mais surtout dans le courant du XX° siècle. Auparavant réservé à une élite, le tourisme tel que nous le connaissons apparaît, notamment grâce aux avancées sociales : congés payés, hausse des salaires et du pouvoir d’achat. À partir des années 1960, le tourisme devient un véritable secteur économique, source de richesses pour les États.

Au XXI° siècle, la tendance ne fait que se poursuivre mais un phénomène nouveau est apparu : le tourisme de masse. En effet, certains sites sont aujourd’hui dépassés par un afflux invasif de touristes, et ce, à tout moment de l’année. Ce phénomène de masse emmène dans ses bagages de nombreux risques pour les lieux touchés. Quelques exemples…

Bienvenue à Venisland ?

Premier exemple et non des moindres : Venise.

La sérénissime ville bâtie sur les eaux accueille chaque année de plus en plus de touristes (près de trente millions de visiteurs par an). Les jours de grande affluence, la célèbre Place Saint-Marc compte près de 120 000 personnes. Elle fait rêver tout le monde, mais visiblement plus ses propres habitants. Selon eux, l’essence et l’authenticité de la ville sont en péril… En 2017, l’UNESCO a déjà lancé un ultimatum à la municipalité de Venise pour mieux encadrer l’accueil des touristes. La surfréquentation de la ville cause entre autre le dépeuplement de son centre-ville et une inflation inexorable des loyers. De plus, la qualité de vie est réduite par l’afflux constant de touristes.

Si quelques (demi)mesures ont été prises, la mairie de Venise reste toutefois dépendante du tourisme pour subsister. Le cercle vicieux semble difficile à endiguer.

©Maxppp Andrea Merola

Les habitants, quant à eux, quittent progressivement leur ville ou protestent devant les milliers de touristes pour montrer leur ras-le-bol. Ci-dessus sur le célèbre Rialto, une banderole « Venexodus » déposée par les habitants pour alerter sur le départ des locaux. Ci-dessous, photographie d’un manifestant en novembre 2016.

« Venise, Adieu ! » ©Marco Bertorello / AFP

Autre fléau pour la cité des Doges : les paquebots de croisière. La pollution et la destruction du Grand Canal par ces villes flottantes, pourtant avérées, sont au centre d’un débat qui s’éternise. En 2012 puis en 2017, le passage de ces bateaux ont d’ores et déjà été interdits, remplacés par un itinéraire bis. Le hic : ce dernier ne semble toujours pas voir le jour à la suite de désaccord au sein du gouvernement… Pendant ce temps, les grandes compagnies de croisière maintiennent leur passage dans la lagune. Petit exemple le 02 juin dernier…

Vidéo amateur reprise par BFMTV dans lequel le MSC Opéra entre en collision avec un quai

Angkor le Machu Picchu

Ce jeu de mot non assumé me permet de faire le lien avec l’actu Histoire publiée dernièrement. Les sites d’Angkor au Cambodge et du Machu Picchu au Pérou sont des cas d’écoles en termes de tourisme de masse.

Le Machu Picchu

L’aéroport, dont j’ai déjà fait les présentations précédemment, devrait selon les autorités multiplier par cinq le nombre de touristes sur ce site déjà fragile. Mais voyons un peu ce qu’il s’y passe déjà.

France Info publiait le 28 août 2015 un article évoquant les risques encourus par le Machu Picchu et l’incroyable croissance du tourisme sur le site. De moins de 70 000 visiteurs à la fin des années 80, nous en sommes aujourd’hui à un million. Les dégradations sont très importantes tant sur l’environnement que sur le bâti : phénomène d’érosion, glissements de terrain, effondrement de murs… et plein d’autres choses bien joyeuses. Rarissime ? Non hélas. En janvier 2010 par exemple, près de 3 500 personnes se sont retrouvées piégées sur le site par des pluies diluviennes et ont dû être évacuées par hélicoptère. Comme quoi, le tourisme de masse est dangereux non seulement pour le lieu mais aussi pour les touristes. Dans ce cas-ci, le nombre important de personnes a freiné l’intervention des secours, déjà peu aidés par des conditions climatiques difficiles.

La pluie ne freine pas le flot continu de touristes © FTV – Laurent Ribadeau Dumas

Les recommandations de l’UNESCO, si elles n’étaient pas du tout écoutées dans les années 2000, semblaient pourtant être mieux prises en compte par les gestionnaires du site. Certaines mesures avaient été adoptées : visites limitées à trois heures, parcours balisés avec protection des zones fragiles, etc… Il semble hélas que le nouvel aéroport ne sonne le glas de ces choix. L’UNESCO arrivera sans doute plus tôt qu’on ne le pense à inscrire le site sur la liste du patrimoine mondial en péril…

Angkor

Au Cambodge, les majestueux temples d’Angkor attirent chaque année près de cinq millions de touristes. Ces derniers s’entassent sur le vaste site archéologique pour visiter ces lieux chargés d’histoire. Pour info, Angkor fut la capitale de l’Empire Khmer du IX° au XV° siècle. Cette entité très puissante fut l’ancêtre du royaume du Cambodge, dans des proportions géographiques plus élargies. La civilisation khmère, bâtisseuse, est à l’origine de somptueuses constructions comme ces temples très prisés des touristes. On notera la similarité avec le Machu Picchu, car le site a lui aussi été abandonné puis redécouvert par la suite. Aujourd’hui, tout comme le Machu Picchu, les constructions encourent des risques majeurs.

Les majestueux temples d’Angkor

Au programme : pollution, embouteillages, incivilités et j’en passe. Une partie des monuments semble s’effondrer malgré les ressources économiques engrangées par le tourisme. L’entretien est insatisfaisant voire inefficace. Il y a constamment des travaux de rénovations sur au moins une partie du site, dont la structure globale reste très fragilisée par les milliers de touristes venus du monde entier.

Un jour comme un autre à Angkor © Romain Clergeat / Paris Match

Que l’on soit croyant ou pas, des lieux sacrés tels que celui-ci posent une question d’éthique. Mais pas pour tout le monde. Depuis plusieurs années, les autorités recensent de plus en plus d’actes d’incivilités au cœur même des temples. En 2015, trois français et deux américaines furent expulsés du site et du pays, avec dans leur valise une peine de prison de 6 mois avec sursis. La raison ? S’être photographiés nus au cœur de l’un des temples. Cas similaire pour un groupe de britanniques accusés de « danses pornographiques » en janvier 2018.

À l’image de ce qui a pu être adopté au Machu Picchu, des décisions sont en cours d’étude pour limiter le phénomène : des quotas et des créneaux horaires plus stricts sont évoqués afin d’éviter de fragiliser la structure. De même, un meilleur encadrement sécuritaire devrait être instauré afin de prévenir ce genre de comportements…

Venise, Machu Picchu et Angkor sont tous trois victimes de leurs succès mais nombreux autres sites sont dans leur cas : Pétra en Jordanie, la Vallée des Rois en Égypte, les statues de l’île de Pâques ou encore les îles Galapagos… Si des solutions ne sont pas prises en amont, in situ, pour sauver les différents sites patrimoniaux concernés, ces derniers vont voir leur espérance de vie diminuer considérablement jusqu’à leur disparition dans les prochaines décennies.

Doit-on en profiter tant qu’ils sont encore là, quitte à causer leur destruction ? Ou bien devons-nous nous priver de ces merveilles afin de les conserver ? Dilemme insoluble…

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