Marc Madiot a des talents d’acteur, c’est une certitude, mais au sommet du Tourmalet, on était tous comme des fous derrière notre écran. La voix d’Alexandre Pasteur en disait long sur le moment qui se jouait : c’est bien Thibaut Pinot qui marquait les esprits dans cette difficile étape pyrénéenne. Dans cette première grande étape de montagne, le Français a fait parler son talent. Revanchard après la fameuse bordure à Albi qui a fait dire à tous les commentateurs qu’il venait de perdre la grande boucle, le coureur est en train de revenir en force. Au point qu’il apparaisse désormais comme le grand favori de cette édition ?

Il l’avait annoncé. Et il a tenu parole. Vexé, contrarié, frustré, blessé dans son égo à cause de cette bordure à Albi, Thibaut Pinot tient sa revanche, prestigieuse qui plus est. « Je pense qu’elle m’a fait du bien. Depuis, on court encore mieux, on est encore plus déterminé, relève-t-il. Le soir de la bordure j’avais la rage, je ne pensais qu’à gagner au Tourmalet. » Dans une 14ème étape qui ressemblait à une grande explication entre favoris, il a répondu présent, bien aidé par son équipe, dont un jeune David Gaudu des grands jours (qui pourrait bientôt revêtir le maillot blanc). La tête dans les nuages, le coureur de la Groupama-FDJ a même été félicité par Emmanuel Macron en personne à l’arrivée. Ne dites plus que les Français ne sont pas à la hauteur, car Pinot n’a fait qu’une bouchée du Tourmalet. Les autres n’ont qu’à bien se tenir.

Je ne me sens pas encore comme le favori, loin de là. Cela fluctue très vite, je ne m’occupe pas de ça. Sur les deux derniers jours, j’étais peut-être le plus fort, mais le Tour dure jusqu’à dimanche, il peut se passer beaucoup de choses.

Thibaut Pinot à L’Equipe (22 juillet)

Les images sont presque surprenantes et contrastent grandement avec le Thibaut Pinot de la première semaine. Et s’il confie lui-même se sentir en pleine forme, il reste encore une semaine de course et la canicule est de retour. Un paramètre qui aura son importance, alors que l’actuel maillot jaune, l’autre Français, Julian Alaphilippe, a admis être totalement cramé au soir de la 15ème étape où il a perdu quelques secondes dans l’ascension finale vers le Prat d’Albis. Le leader de Groupama-FDJ remporte ainsi sa troisième étape sur le Tour de France après ses succès à Porrentruy en 2012 et à l’Alpe d’Huez en 2015.

Des favoris pas plus forts

Nairo Quintana aux abonnés absents, Geraint Thomas au niveau mais sans marge, et surtout un Froome absent ont ouvert un boulevard à Thibaut Pinot. Pointé à 1,50′ au départ de la 16ème étape, le Français semble surtout plus fort. Derrière, Vincenzo Nibali n’est pas en forme, Romain Bardet est largué, et Alejandro Valverde a pris un coup de vieux (39 ans ça commence à faire). Oui, Egan Bernal résiste et Steven Kruijswijk a encore ses chances, mais la ferveur pourrait bien faire basculer ce Tour en faveur du Français.

« J’ai appris à ne pas m’enflammer, je vais continuer à courir comme je sais le faire »

Alors, Thibaut Pinot est peut-être à une semaine d’un sacre historique sur une compétition qui attend depuis bien trop longtemps le sacre d’un tricolore. Le podium lui tend les bras, et c’est peu dire pour celui qui semble au sommet de sa force.

Pas de remake de 2018

L’an passé, Pinot avait payé ses efforts sur le Giro. C’est bien connu, aucun coureur ne peut réellement jouer à fond deux grands tours la même année. Revenu rincé d’Italie, le Français s’était alors effondré sur le Tour. Il n’en est rien cette année. Le Franc-Comtois de naissance impressionne les pronostiqueurs qui voient en lui le futur vainqueur sur les Champs Elysées. Alors, Pinot a prévu de passer à l’action encore dans les prochains jours dans les Alpes : « Les trois étapes sont belles, je connais très bien les deux dernières. La plus dure, je pense, est celle du Galibier (la première jeudi, qui propose également l’Izoard au menu, NDLR). Je n’ai pas à choisir, ça dépendra de mes jambes. Si elles sont bonnes, je passerai à l’attaque. »

« Les grandes ambiances me poussent, elles me donnent des ailes. C’est comme dans un stade, on est toujours plus fort quand on joue à domicile »

Thibaut Pinot à L’Equipe (22 juillet)

Pas de pression, que des pulsations

Mais comment tenir le choc avec une telle pression sur les épaules ? A cette question, le Français renvoie la balle : « Si la pression m’écrasait, je ne serais pas là, je n’aurais pas gagné au Tourmalet. » Heureusement pour lui, il peut compter sur le soutien indéfectible du public, partout où il passe. Certes, une partie de la ferveur s’adresse encore au porteur du maillot jaune, son compatriote et ami Julian Alaphilippe, mais cela pourrait bien l’arranger comme il l’admet volontiers : « Pour l’instant, c’est Julian qui a la pression, il est maillot jaune, il a 1’30, sourit Pinot. On est deux Français dans les quatre premiers, c’est une bonne chose pour moi. » Dans cette dernière semaine pleine de suspense, Thibaut Pinot a certainement prévu de faire mordre la poussière à ses concurrents, pour, enfin, au bout, redorer le blason d’un cyclisme français qui trouverait en lui un fier et digne porte-drapeau. Réponse dimanche.

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