Tout a commencé il y a quelques mois avec les fameuses révélations des Football Leaks, en lien avec une collaboration d’investigateurs issue de plusieurs médias européens et notamment du média allemand Der Spiegel à l’origine de la parution des informations. Ce dernier a notamment révélé des comptes suspects pour le club de Manchester City. A partir de là, l’UEFA a décidé de mener l’enquête par le biais de son instance indépendante, l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC). Cette enquête a débouché sur une confirmation des révélations des Football Leaks. Résultat : très lourde sanction pour Manchester City qui s’est vu exclu vendredi dernier des deux prochaines campagnes européennes. Ceci pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour le club anglais qui pourrait subir le départ de plusieurs cadres de leur effectif qui ambitionnent de jouer la plus prestigieuse des compétitions européennes à savoir la Ligue des Champions. On pense bien évidemment à Mahrez, De Bruyne, Aguëro, Sterling, Bernardo Silva ou encore Gabriel Jesus. Néanmoins, un recours en devant le TAS reste possible pour le club anglais, et nous verrons que celui-ci n’est pas sans espoir pour les Citizens…

Mais en fait, le Fair-Play financier c’est quoi ?

Depuis 2011 et son entrée en vigueur, on entend beaucoup parler du fair-play financier mis en place par l’UEFA, sans en connaître les principales fonctionnalités. Son objectif premier est d’éviter que les clubs de football européens ne dépensent de manière excessive par rapport à ce qu’ils gagnent dans le but de gagner à court terme, pratique qui pourrait les conduire à un futur un peu plus sombre les années suivantes. En France, on parle souvent de la DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion), pointée du doigt à de nombreuses reprises en raison du manque de compétitivité du championnat français, la DNCG n’ayant pas d’égal en Europe.

Les sanctions que peut utiliser l’UEFA pour non-respect du fair-play financier sont nombreuses et plus ou moins impactantes pour les clubs qui en font l’objet : cela peut aller d’un simple avertissement à une exclusion des compétitions européennes comme c’est le cas pour Manchester City en passant par des interdictions de recrutement, formule utilisée fréquemment par l’UEFA, Chelsea en avait par exemple fait les frais, ou encore des amendes.

L’idée du fair-play financier avait été saluée par beaucoup de spécialistes du football et de son économie puisque cela donnait l’espoir d’un football plus égalitaire à travers l’Europe, mais aussi plus pérenne. Pour nous Français par exemple, sans cesse moqués à l’étranger avec notre fameuse « farmer league », on imaginait en l’ICFC une espèce de « petite soeur » de la DNCG qui allait alors venir à notre secours pour redistribuer les cartes dans le football européen. Il n’en était en fait rien pendant bon nombre d’années, le Fair-Play financier et la DNCG n’ayant pas les mêmes périodes de référence pour contrôler les clubs : l’UEFA pour contrôler la conformité au Fair-Play financier se base sur les trois dernières saisons laissant la possibilité aux clubs de s’endetter, et de récupérer ensuite leurs investissements tandis que la DNCG se base sur la seule dernière saison. Des clubs comme Manchester United, l’Inter Milan, la Juventus Turin pouvaient donc s’endetter de centaines de millions d’euros tout en étant conforme au fair-play financier. De plus, même lorsque ceux-ci se faisaient épinglés par l’UEFA en vertu du Fair-Play financier, rares étaient les sanctions réellement dissuasives puisque le TAS annulait fréquemment les décisions ou celles-ci n’étaient pas en mesure de réellement motiver les clubs à changer leur politique.

Cependant, quelques sanctions font dates et se rapprochent de celle que vient de subir Manchester City : Malaga en 2012 avait été exclu de la Ligue Europa pour laquelle le club venait de se qualifier, en 2014 c’est l’Etoile Rouge de Belgrade qui subissait pareille mésaventure. Deux ans plus tard, rebelote pour Galatasaray et plus récemment, le Milan AC a dû renoncer à sa qualification en Europa League également. Toutes ses sanctions avaient été prononcées au nom du fair-play financier pour divers problèmes financiers telles que des dettes ou encore des retards de paiement.

Nouvelle jurisprudence Manchester City ?

La faiblesse du fair-play financier n’était pas remise en cause jusqu’à vendredi dernier puisque comme vous le savez Manchester City s’est vu exclu de toutes compétitions européennes pour les deux prochaines saisons. La question que tout le monde se pose désormais concerne l’impact de cette décision pour le futur de notre football. Car il ne faut pas se leurrer : si Manchester City fait l’objet d’une telle sanction aujourd’hui, demain ce sera forcément au tour de clubs tels que le PSG, le Real Madrid, la Juventus Turin ou encore Chelsea, dont certains ont déjà été épinglés par le passé à propos de ce Fair-Play financier.

Néanmoins, l’espoir demeure pour Manchester City qui va sans aucun doute en référer au Tribunal Arbitral du Sport. Celui-ci va d’ailleurs avoir entre ses mains un dossier qui pourrait faire jurisprudence dans le monde du droit du sport et plus particulièrement du football puisque deux solutions peuvent résulter de la décision du TAS : soit celui-ci donne raison à Manchester City ce qui affaiblirait de manière sans précédente le fair-play financier instauré par l’UEFA depuis presque 10 ans maintenant. Soit ce dernier, confirme la première décision, à ce moment-là le coup de tonnerre pourrait être tout aussi retentissant puisque bon nombre de clubs pourraient d’ores et déjà se mettre à trembler. Le Milan AC a subi une sanction similaire l’été dernier en raison de ses bilans financiers catastrophiques, ceci poussant à se demander si le fair-play financier n’est pas en train de prendre tout son sens 10 ans après son apparition ?

Une procédure complexe qui nécessite du temps

Exclure Manchester City de toutes compétitions européennes pour les deux prochaines saisons n’est pas une décision légère, l’UEFA en est consciente, le TAS aussi. De ce fait, nous pouvons nous attendre à une procédure assez longue qui va demander beaucoup d’investigations. Le TAS pourrait donc rendre son verdict avant le début de la prochaine saison mais c’est loin d’être sûr. L’appel devant le TAS n’ayant pas d’effet suspensif, il est probable que Manchester City dépose une requête suspensive qui devra être motivée. Si cette motivation est convaincante, cela pourrait permettre aux Citizens de disputer la prochaine Ligue des Champions (si bien-sûr ils se qualifient pour, même si on voit pas trop comment cela pourrait leur échapper), sinon ils pourront toujours se consoler avec la Ligue Europa à moins d’une véritable descente aux enfers sur le terrain cette fois-ci. En cas de confirmation par le TAS de la décision prise par l’UEFA, la sanction serait alors seulement décalée.

Il faudra donc être attentif à l’actualité de ce dossier très chaud qui selon toute vraisemblance sera sur la table du TAS puisque les Citizens entendent interjeter appel. Les conséquences pourraient être très importantes pour le Manchester City de Pep Guardiola mais aussi pour beaucoup d’autres acteurs du football actuel. Au contraire, si le TAS venait encore une fois à aller en faveur du club appelant comme ce fut le cas du Milan AC avant que ce dernier finisse par accepter la sanction pour en éviter une supérieure, cela marquerait un énième revers pour le fair-play financier de l’UEFA, peut-être fatal cette fois-ci.

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