Si vous ne vivez pas dans une grotte, vous avez sûrement suivi l’actualité ces derniers jours. Suite au meurtre (qualifions-le de ce qu’il est) de George Floyd à Minneapolis, de nombreuses manifestations, parfois violentes, ont spontanément eu lieu dans la plupart des pays occidentaux pour dénoncer les actes racistes dans nos sociétés et au sein de nos services de police, ramenant ainsi la France en 2016 et l’histoire d’Adama Traoré, décédé suite à son interpellation.

Étrangement, l’une des priorités de certains porteurs de mouvement était de s’en prendre aux statues et noms de personnalité « controversées » dans l’espace publique de nos villes, au Royaume-Uni et en France notamment.

Le révisionnisme au service du progrès ?

Il fut un temps où le révisionnisme n’était l’apanage que de certains militants d’extrême-droite. Visiblement, cette méthode semble revenir plus que jamais à la mode et au sein de tous les bords politiques. Dernièrement, il fut question de la statue de Colbert qui se dresse devant l’Assemblée Nationale.

Ghyslain Vedeux, président du CRAN, réclame depuis plusieurs années que cette dernière soit retirée pour éviter que les personnes de couleur se sentent insultées devant celui qui a grandement contribué à la rédaction du triste Code Noir, qui encadrait l’esclavage dans les colonies françaises.

Aussi curieux que cela puisse paraître, Mr. Vedeux demande en même temps qu’il y ait « un travail pédagogique […] réalisé en profondeur » tout en défendant l’effacement de cet ancien ministre. Paradoxal, non ?

La désormais controversée statue de Colbert

Si les revendications et ressentiments sont compréhensibles, il faut néanmoins être capable de prendre du recul. Nous parlons d’un homme d’état français décédé en 1683. Cet homme vivait avec son temps, et l’esclavage y était malheureusement monnaie courante et ce, que ce soit au sein des colonies européennes comme dans les pays du Moyen-Orient tel que l’Empire Ottoman.

Il est donc clair que nos générations ne peuvent juger les événements du passé avec nos yeux de contemporains. Autrement, tout ce qui a moins de 40 ans doit être retiré de l’espace public et de nos mémoires collectives.

Ce raisonnement par l’absurde peut ainsi remonter loin : que devraient penser les anglais de Jeanne d’Arc qui les combattit il y a 600 ans ? Que devrions-nous penser de Napoléon qui a envahi la quasi-totalité de l’Europe il y a 200 ans ? Nous devrions également retirer les statues de Saint-Louis pour sa participation aux croisades. Exigeons des allemands la démolition des autoroutes construites sous la période nazie.

L’histoire n’est d’ailleurs pas la seule victime de ce regard biaisé porté par nos contemporains sur le passé puisque des séries et films cultes sont désormais sur le banc des accusés.

Enseigner plutôt qu’effacer

Comme le souligne, à très juste titre, l’historien Pascal Blanchard, spécialiste du racisme et du droit colonial, chaque personnage historique doit être étudié et expliqué, replacé dans son contexte afin d’exprimer les faits.

Raconter l’histoire

Techniquement, c’est à l’éducation de permettre cela mais les programmes d’histoire actuels dans l’enseignement secondaire ne sont hélas pas suffisants pour permettre aux jeunes de cerner tous les enjeux. Il nous faut « raconter l’Histoire » et cela peut aussi passer par des plaques explicatives apposées à proximité de ces fameuses statues.

Il faut attendre les études universitaires d’Histoire pour acquérir un réel sens critique voire une critique la plus objective possible. Or, ce n’est que de cette façon que l’on peut étudier pleinement le passé.

Tout personnage historique est forcément controversé. Le fameux Colbert, par exemple, fut un grand réformateur économique qui permit à la France de prospérer sous Louis XIV (c’est depuis ses réformes que l’État français devient interventionniste) tandis qu’il fit entièrement moderniser la Marine royale MAIS il fut aussi rédacteur du Code Noir.

En bref

Supprimer la présence de ces anciens « grands noms » sur l’espace public, c’est négliger l’Histoire. Et notre Histoire ne peut être révisée à des fins politico-sociales. Nous avons longtemps reproché à la mouvance néofasciste l’emploi de ces méthodes. Ne tombons pas dans les mêmes travers, dans l’ignorance collective, au nom du progressisme.

Enseigner cette histoire coloniale et esclavagiste, sous tous ses aspects, permettra à chaque citoyen (peu importe ses origines) d’avoir la capacité de nuancer ses propos et de tenir compte de ce que tous les Hommes occupant une place dans notre statuaire publique ont fait par le passé ainsi que tout ce qu’ils ont apporté de bon et/ou de néfaste à notre pays.

Ce n’est que comme cela que nous éviterons des dérives iconoclastes envers des statues qui, en dehors des considérations sociales, font pour certaines parties de monuments et du patrimoine français. Le président Macron l’a (pour une fois) justement rappelé dans son allocution ce dimanche.

Ce n’est que comme cela que nous éviterons de taguer des statues comme nous l’avons vu ces derniers temps. À l’image de celles de Churchill et De Gaulle.

Un peuple qui oublie son passé se coNdamne à le revivre

W. Churchill, dont la statue fait elle aussi débat au Royaume-Uni

Deux de mes précédents articles traitaient ces problèmes dans le cadre du devoir de mémoire : les voici ici et .

Merci d’avoir lu, à très bientôt !

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