Ce mercredi après-midi, en visioconférence, se tenait l’assemblée générale de la LFP. Malgré les menaces d’un boycott des clubs de Ligue 2 à la suite du collège de mardi ou l’état d’esprit était « à la guerre » selon certains présidents, ils ont accouché de différentes mesures concernant le futur du football français. Ainsi, les 40 clubs représentés ont voté pour un déplafonnement des droits tv de la Ligue 2. Ils se sont mis d’accord pour lui octroyer 25 millions d’euros supplémentaires (la part fixe s’élevait déjà à 110 millions d’euros) à condition de réformer la gouvernance du football français. Une réforme qui vise à replacer les clubs de Ligue 1, notamment les plus aisés, au centre du processus décisionnel.

Mais le sujet qui a tenu tout le monde en haleine repose sur la mise en place d’une Ligue 2 à 22 clubs afin d’éviter les relégations. Et surprise là aussi, la motion a été approuvée à 57 % par les quarante. Mais le pouvoir demeure entre les mains de Noël Le Graët, président de la FFF, et de son comité exécutif. Ils disposent d’un droit de veto et le Breton a laissé entendre qu’il s’opposerait à l’élargissement du championnat. En effet, cette ajustement remettrait en question toutes les décisions précédentes de la fédération.

Dernier point sensible abordé : le prêt garanti par l’État de 224,5 M€ pour couvrir les montants des droits tv non versés par Canal + et beIN SPORTS. Mardi, après avoir échoué à s’accorder sur les précédentes motions, le clubs de Ligue 2 avait menacé de s’opposer à la validation de ce prêt, avançant comme argument les disparités dans la redistribution de ceux-ci, 87 % du montant étant alloué à seulement « 5 ou 6 clubs » selon un président de Ligue 2.  Mais l’AG a finalement entériné la validation de celui-ci. Les négociations sur la base du donnant-donnant et les menaces de chacun auront visiblement remis les choses en perspective. Si cette assemblée semble avoir réunifié un football français à la dérive, elle ne devrait pas mettre fin au revendications individuelles.

Vers la fin des contestations ?

Depuis Lundi, le club d’Amiens se paye le luxe de s’offrir une page entière dans L’Équipe. « Et si on faisait gagner le sport ? » peut-on lire sur cette pétition qui témoigne de leur pugnacité. Les picards ne reculent devant rien pour médiatiser leur combat. Depuis un mois, le club présidé par Bernard Joanin enchaine les recours auprès des ligues et fédérations. Mais c’est devant la justice qu’il porte dorénavant son combat. Devant le tribunal administratif de Paris plus précisément, pour obtenir l’annulation de l’arrêt de la L1. Relégué pour un quotient points/matchs joués légèrement inférieur à dix journées de la fin, la pilule passe mal pour le club. Une descente le conduirait à réduire considérablement son budget : par exemple, la part allouée à son centre de formation serait divisée par deux (4M€ à 2,2M€). Inévitable puisque les droits tv perçus passeraient d’environ 40M€ en Ligue 1 à moins d’une dizaine de millions si les pensionnaires de la Licorne étaient amenés à descendre.


J’espère simplement que la raison va revenir. J’irai jusqu’au bout de mon combat.

Bernard Joanin, président d’Amiens SC

La décision d’un championnat à 22 en ligue 2, si elle devait être validée, remettra en question l’issue de l’ensemble des championnats. Pourquoi la seconde division serait épargnée tandis que dans les autres niveaux, de nombreux clubs se sentent lésés par ces décisions, à l’image des Amazones de l’AS Saint-Étienne ou des Violets de Hauts-Lyonnais dont nous vous présentions la situation précédemment. Plutôt Père Fouettard que de Père Noël, difficile d’imaginer Le Graët se mettre en porte à faux.

Mais difficile aussi, d’imaginer son « ami » Jean-Michel Aulas stopper ses revendications en si bon chemin. Le président lyonnais concentre l’attention après avoir proposé plus ou moins tout et son contraire pour terminer la saison (saison blanche, play-offs, classement de la saison précédente…). Ces dernières semaines, son combat a pris des allures politiques. Il multiplie les courriers aux parlementaires (le troisième Lundi !) pour réévaluer l’interdiction de disputer les rencontres, s’aventurant « un peu trop loin » aux yeux de Le Graët. Toujours en lice en Ligue des champions, à l’instar du PSG, le président s’inquiète d’avoir à disputer son huitième de finale retour (à Turin contre la Juventus) en l’absence de compétition domestique. Et pire encore, habitué depuis 24 ans à se qualifier pour une compétition européenne les Gones n’en verront pas la couleur, à moins que leur finale de Coupe de la ligue contre Paris soit disputée à temps. Une situation qui justifie le combat de Jean Mimi mais n’excuse pas la manière dont il le défend, dévalorisant l’image d’un football français suffisamment écornée (72 % des Français estime qu’il conteste ces décisions à tort).

On est en train de se pendre avec nos décisions  !

Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais

Reprise à l’étranger : le coup de grâce ?

Mais l’arrêt du championnat de France s’inscrit dans une démarche isolée en Europe, du moins pour un pays de cette trempe (seuls la Belgique, les Pays-Bas et l’Écosse ont définitivement mis un terme à leurs compétitions). En Allemagne, la Bundesliga a repris le week-end dernier, encadrée par des mesures d’hygiènes drastiques mais intelligibles. En Italie, on prévoit de reprendre au 15 juin, en Angleterre pour le 12. Comme en Espagne qui hésite encore avec le 19 juin. Alors il n’y a rien de surprenant à ce que les voix se lèvent dans l’hexagone pour alerter la gouvernance sur les conséquences de cet arrêt prématuré.

Le Championnat de France qui commençait à s’approcher du Big Four européen (cité ci-dessus) va se voir amputé d’une grande partie de ses bénéfices. Si les droits tv sont compensés par l’État cette année, il faudra tout de même les rembourser à l’avenir. L’arrivée de Mediapro devait permettre un développement important ces prochaines saisons mais la conjoncture risque d’amputer durablement les finances des clubs. Selon l’institut KPMG, une fin de saison à huit-clos aurait permis de minimiser la chute du prix des joueurs sur le marché, passant de -27,1 % à -19 %. Dans l’état actuel, la valeur totale de ceux-ci tomberait à 2,7 milliards d’euros soit un milliard de moins qu’à l’aube de la crise (3,7 milliards).

S’ajoute à cela le manque à gagner des billetteries et le départ des sponsors qui ne pourront plus assumer leurs investissements. À Bordeaux, Bistrot Régent, l’un de ses principaux partenaires, n’a pas tardé à suspendre son contrat. Tout comme Intersport à Amiens. Une étude menée sur près de 900 sociétés par l’Union sport et cycle sur le sponsoring sème également l’inquiétude : 60 % des entreprises qui sponsorisent un club estiment qu’elles ne pourront pas réitérer leurs engagements, 27 % entrevoient une diminution de leurs investissements. Un risque accru dans les divisions inférieures qui dépendent, dans une plus grande mesure, des parrainages.

À gauche : Part du sponsoring dans les revenus des clubs professionnels français en 2018-19.
source : Sportune
À droite : Source des revenus des clubs dans les cinq grands championnats européens en 2017-18.
source : Leagues/Deloitte analysis

Une décision davantage politique qu’économique…

C’était important pour moi de donner la primauté à l’aspect sanitaire et au bien-être psychologique des athlètes sur des considérations économiques qui, effectivement, dans d’autres pays, ont pris le pas.

Roxana Maracineanu, ministre des Sports

Pour la Ministre des sports, l’arrêt du championnat n’a donc pas été guidé par les obligations économiques mais dans le but de protéger les sportifs et la population. Pourtant, un membre de l’entourage du Président de la République évoquait pour L’Équipe : « On ne nie pas le fait qu’il y ait une dimension symbolique forte dans cette décision » avant de poursuivre « Dans ce cadre-là, nous voulions éviter que les gens puissent avoir l’impression, au travers de matchs de football, qu’il n’y aurait pas trop de risques ».

Une volonté d’instrumentaliser le football qui n’a aucun sens au regard du rôle social et économique qu’il revêt sur nos territoires. En 2018 par exemple, le sport représentait 1,8 % du PIB français (38,1 milliards d’euros). Une somme dont le football est le principal contributeur. Et il ne faut pas oublier qu’il redistribue une grande partie des bénéfices aux autres structure sportives par l’intermédiaire de la taxe Buffet, et au football lui-même, par ses subventions pour les championnats amateurs et féminins. Mais le sport n’a visiblement pas la même place dans les plans de relance de l’économie…

Mis dos au mur par les conséquences de la pandémie, le football français a le mérite de se remettre en question. Si la présidente de la LFP, Nathalie Boy de la Tour, regrettait « la faiblesse » de la LFP la semaine passée, elle peut avoir de l’espoir à la suite de cette AG qui devrait permettre d’uniformiser les décisions à l’avenir. De nombreuses idées fourmillent déjà pour réinventer son modèle (championnat à 18, longue trêve hivernal, salary cap, fonds de soutien en cas de crise…). Mais s’il parvient à faire bloc, le football français n’en sera pas moins sujet aux difficultés dans les prochains mois. Maintenir ce cap devrait permettre de garder le contact avec les quatre grands championnats, à défaut de pouvoir rivaliser…

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