Qu’il est dur en ces temps de confinement de délivrer de l’information, du scoop, de la pensée. Comment penser entre quatre murs, seulement quatre et toujours les mêmes en plus… Je le confesse, j’eus parfois l’envie de m’enfermer entre ces quatre murs, de les sceller et de n’utiliser mon clavier que pour rechercher la meilleure série qui m’accompagnera pendant moultes semaines de Netflix and Chill…

Mais parfois certaines choses vous collent à la peau sans même trop comprendre pourquoi. De toutes les productions cinématico-télévisuelles, c’est Citizenfour que je choisis. Réalisé en 2014 par Laura Poitras, Citizenfour est à la fois le documentaire retraçant le parcours d’Edward Snowden et en même temps, constituant un acte dans la grande œuvre de Snowden pour dévoiler à tous la vérité.

Piqûre de rappel

En 2012, Laura Poitras, réalisatrice et journaliste, travaille sur le troisième volet de sa trilogie documentaire sur l’Amérique post 11 Septembre 2001. Après la guerre en Irak en 2006 (My country, My country), et Guantanamo en 2010 (The Oath), elle enquête sur les soupçons de surveillance généralisée aux Etats-Unis depuis les Patriot Act, lois de sécurité générale votées après la panique des Tours Jumelles. En janvier 2013, elle reçoit un mail crypté, signé « Citizenfour », qui se dit prêt à révéler les techniques illégales de surveillance de masse des agences de sécurité du gouvernement. Avec le journaliste d’investigation-avocat-éditorialiste-superhéroquelhomme Glenn Greenwald, alors au Guardian US ainsi que Ewen MacAskill, journaliste au Guardian UK, Lauras Poitras réserve une chambre dans un hôtel à Hong Kong pour rencontrer ce fameux Citizenfour. Il s’avère être Edward Snowden, petit génie de l’informatique, qui a vu sa carrière exploser au sein des plus grandes agences de l’Etat : CIA et NSA. Il a avec lui un rapport de toutes les activités de surveillance intérieure et internationale par les Etats américains et britanniques. Les quatre lurons s’enferment pendant une semaine avec l’équipe de tournage du film, juste le temps de faire exploser le monde.

A quoi on sert

J’entends déjà vos commentaires (signe que ça ne tourne plus très rond) se demander qu’est que ça peut bien nous faire aujourd’hui ? Depuis les révélations, l’administration Obama a stoppé les écoutes, Edward Snowden a été sanctifié sur l’autel des prêcheurs de vérité, tout est rentré en ordre après le déluge. Et bien justement. Ne sommes-nous pas aujourd’hui au cœur du déluge ? Non il ne s’agit pas d’analyser les discours d’Edouard Philippe pour vous convaincre que la pandémie mondiale est un complot dans le but d’asseoir la domination des reptiliens. Non, mais nous sommes pourtant bel et bien à un moment décisif, à un entre-deux, hésitant de quel côté pencher, une fois que nous pourrons sortir de chez nous sans avoir à jurer sur l’honneur. C’est dans ces moments là que nous avons besoin, pas seulement d’un Snowden mais d’une Poitras, d’un Greenwald, d’un MacAskill, d’un Assange, d’un Edwy Plenel, d’une Claire Chazal, d’un David Pujadas, d’un Bernard Henri Levy et d’autant plus de De Caunes pour l’entarter. Quand on erre en tant qu’espèce sur les ruines de nos faux pas, la force de rendre pensable l’avenir émane de ceux qui transmettent la banalité de nos intelligences de tous les jours. Entre mes quatre murs, si j’ai repris mon clavier pour écrire sur Snowden, c’est parce la vérité outrepasse n’importe quel confinement, s’installe partout, tant qu’il en reste des ouvriers.

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