« C’est bien d’équilibrer les droits et les devoirs […] quand on a un système collectif. » Voilà la déclaration merveilleuse de la ministre du Travail Muriel Pénicaud sur le plateau de LCI ce dimanche. En pleine crise des Gilets Jaunes, le gouvernement s’est encore montré à la hauteur des enjeux sociaux en répondant aux sollicitations du peuple et en mettant sur la table une urgence sociale de premier plan. Non on plaisante, il s’est encore foiré.

Instaurer des contreparties aux aides sociales

Il y a, à n’en pas douter, un sens du timing dans la communication gouvernementale. Quoi de mieux pour montrer qu’on écoute les Gilets Jaunes que lancer le débat sur les contreparties aux aides sociales ? Après Jacqueline Gourault sur l’impôt universel généralisé, Muriel Pénicaut a elle aussi lancé un pavé dans la mare ce dimanche. Il faut le rappeler, les aides sociales sont un droit réservé aux plus démunis selon certaines conditions. Or, il faut savoir que plus de 12 milliards d’euro d’aides sociales ne sont pas réclamées par les bénéficiaires théoriques. Une des raisons avancées, outre le manque d’information sur les droits de chacun, est la culpabilisation et l’humiliation que cela engendre.

L’idée du gouvernement, qui n’est pas nouvelle, serait de demander des contreparties notamment au versement du RSA comme des travaux d’intérêt général. Ainsi, le gouvernement souhaiterait remettre les individus dans le monde du travail en soutenant l’idée d’une réinsertion de la sorte.

La culpabilisation des pauvres

C’est pourtant une vieille idée de la droite, de Laurent Wauquiez pour être exact qui serait bien inspiré d’y apposer un cachet. « Pour moi, il y a des droits, mais aussi des devoirs. On a perdu le sens des choses. Aujourd’hui, on verse des prestations et on enferme des gens dans l’assistanat. » Le Président des Républicains n’en est pas à son coup d’essai. Mais cette fois, il va plus loin. Alors qu’il se fait voler ses propositions et son espace politique par le gouvernement dont il est censé représenter l’opposition de droite traditionnelle, celui qui est également Président de Région propose que ce système de contreparties soit expérimenté en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce-dernier ajoute qu’il regrette que seul le volontariat soit possible. Pour lui, de la maison de retraite au festival, ce principe permettrait de rendre service à la collectivité sans supprimer d’emploi.

Mais même s’il s’en défend, en parlant d’assistanat, Laurent Wauquiez a rouvert une brèche dans laquelle s’engouffre le système politico-médiatique depuis une dizaine d’années : celle qui stigmatise les pauvres qui ne sont plus des victimes du système mais des responsables de leur pauvreté. On déplace ainsi le curseur de la responsabilité de celui du système vers celui de l’individu. Les pauvres sont pauvres par leur propre faute et c’est à eux de faire en sorte de ne plus l’être, la société n’a aucune responsabilité là-dedans.

C’est bien de dire à ceux qui sont en difficulté : la société vous aide, elle vous donne une sécurité, elle vous donne un revenu pour vivre et survivre. Et en même temps vous pouvez aussi apporter quelque chose de votre côté. » 

Muriel Pénicaud, Ministre du travail sur le plateau de LCI le dimanche 26 février 2019

Le problème tient bien à ce qu’une aide sociale, précisément, est déjà donnée moyennant des conditions qui relèvent de la loi. Et tandis que le gouvernement continue les « cadeaux fiscaux » aux plus riches avec la suppression de l’ISF ou encore les niches fiscales, la seule réponse aux Gilets Jaunes concerne donc l’ajout de contreparties à des aides pourtant vitales. Et alors que le Grand Débat, qui ressemble grandement à une campagne macroniste pour les Européennes, fait rage, le gouvernement a encore trouvé les mots pour montrer qu’il ne comprenait décidément rien aux colères et aux problèmes des plus démunis. Ni de gauche, ni de droite, mais quand même un peu de droite…

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