Fiche Technique :

Sebastian – Thirst, Gaspar noé / France / 2019 / 3′. Réalisation : Gaspar Noé / Musique originale : SebastiAn / contact copie : Phantasm/gary@phantasm.tv

De quoi ça parle ?

Sebastian est, en fait, le nom du DJ avec qui Gaspar Noé a collaboré pour réaliser Thirst, court-métrage et clip du deuxième album du compositeur. 

Eléctro, couleurs et lumières épileptiques, univers frénétique et désinvolte, l’ensemble parfait pour l’épanouissement du cinéaste Italo-Argentin. En effet, il est finalement assez peu surprenant de découvrir une telle collaboration entre ces deux artistes — son / image — quand on connait les tendances de Gaspar Noé à investir des ambiances colorées et sonores qui transcendent les corps et la psychologie des personnages, comme pourrait le faire une musique psychédélique. 

Notons d’abord que trois minutes, pour un film, est un format très court, mais pour une composition musicale, c’est tout à fait classique. Or, dans ce projet, visuel et musique doivent parfaitement se comprendre sans s’illustrer et s’auto-plaquer inutilement à la manière d’un clip lambda. Alors comment concilier parfaitement les deux ? C’est bien dans cette contrainte que l’art de Gaspar Noé opère avec puissance et efficacité ; puisque c’est grâce à cette courte durée que le film se compresse dans plusieurs sens et nous presse dans un rythme électronique qui matraque une pression littéralement palpable. Image et son ont trouvé leur point d’entente, ça « tabasse » dans les deux sens du terme !

Le film, sous forme de long plan séquence, débute avec ce gars en boîte que nous découvrons par un plan de sa main au niveau de la braguette. La pulsion. L’envie. Ce doit certainement être les éléments déclencheurs qui pousseront le jeune homme à se faire remarquer à cette soirée. L’artiste « Sebastian » incarnera ce personnage provocateur au début, déterminé à séduire une jeune femme qui le rejettera à plusieurs reprises. (On pourra d’ailleurs comprendre l’idée de la double identité entre l’artiste et l’alter égo orgueilleux, bien que cela soit plus explicite à la fin du court métrage.) Les couleurs tranchées bleues, vertes, rouges convulsent et la musique scandée est aussi intensément balancée qu’un afflux sanguin sous tension. La débandade débute lorsque ce premier rejet difficile à supporter enclenchera une suite d’entrechocs dans un passage à tabac particulièrement violent. La solitude, l’animal enragé en tenaille et son évidente infériorité physique entrainent un acharnement collectif difficilement supportable… Qu’est ce qui peut bien pousser le jeune homme à démesurément se nourrir de cette persécution tant bien personnelle que commune ? En comparant trois oeuvres du cinéaste, Love, Climax, Thirst, on peut souligner la tendance de Gaspard Noé à faire monter une pression jusqu’a son point de non retour.  Adrénaline, pulsion, désir, angoisse, besoin, amour, passion… Telles sont les énergies qui peuvent nous pousser à bout. 


Thirst, c’est cette « soif » qui va pousser le héros dans l’extrême. D’ailleurs le jeune homme se dirigera dès le début du film en direction du bar/de la fille. La jeune femme semble être cet élément de frustration déclencheur du conflit. En tout point, que ce soit une soif de sexe, d’alcool, de rixe, ou d’ivresse, Gaspar Noé nous amène jusqu’au « délirium tremens » — par ailleurs encore plus tangible dans Climax avec l’alliage danse, passion, substance. C’est ce mélange étourdissant et puissant entre la musique, les couleurs, la fluidité de la caméra et la psychologie du personnage qui fait monter la lutte jusqu’à son paroxysme. Tout incorpore les corps et semble s’interpénétrer entre son, chair, lumière, ambiance, espace, venant alimenter l’état transcendant. Dans Love, le personnage est totalement obnubilé par l’amour et la perte de sa copine, une intoxication à l’attachement qui le repliera complètement sur lui même. D’ailleurs, si les personnages de Gaspar Noé souvent très seuls dans leur conflit, c’est certainement parce que les « autres » — aggravant la situation ou ne pouvant pas aider — poussent le sujet dans la problématique de ce que l’on consomme et de ce qui nous consume. 

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