À lire : la première partie.

Après douze années et demie passées en Lorraine, Jonathan arrive dans le Forez début 2012. Nouveau club, nouvelle ville, nouveaux partenaires, nouvel entraîneur : tous les feux ne sont pas au vert pour la nouvelle recrue stéphanoise, qui joue peu. Mais patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage…

Tes six premiers mois sont compliqués : tu ne trouves pas le temps de jeu escompté (4 matchs). Comment as-tu vécu la situation ?

Ça a été compliqué car c’était la première fois que je changeais de club, que je découvrais un nouveau groupe. Un groupe qui vivait bien et qui enchaînait les bons résultats. Je palliais les quelques absences de Faouzi, donc ça n’a pas été ultra facile. J’ai pris mon mal en patience, car je savais que faire la préparation estivale avec le groupe allait me lancer.

Et en effet, ça a tout changé. La saison suivante, sans démarrer dans la peau d’un titulaire, tu te fais ta place au fil de la saison, passant devant Ghoulam dans la hiérarchie, au point d’être titulaire lors de cette fameuse finale de Coupe de la Ligue et de donner au club son premier titre depuis 32 ans…

J’avais fait une très bonne préparation. Je savais que beaucoup de choses se joueraient à ce moment-là, d’autant plus que je ne partais pas titulaire, parce que Faouzi – qui a fait une superbe carrière – sortait d’une grosse saison. J’ai fait de supers matchs amicaux mais malheureusement pour moi, le coach décide de le titulariser sur les deux premiers matchs, qui se soldent par deux défaites. Il me dit ensuite qu’il va me faire confiance. Je joue alors les deux matchs qui suivent, contre Brest et à Bastia, et on gagne. Et puis il y a eu ce carton rouge contre Sochaux qui m’a freiné. Mais j’avais prouvé ma valeur et montré au coach qu’il pouvait s’appuyer sur moi. J’avais également une bonne relation sur le terrain avec Yohan Mollo, qui jouait devant moi lors de la deuxième partie de saison. Tout s’est bien goupillé. Le soir de la finale, je me blesse mais je peux quand même terminer le match. Cette blessure me fait rater plusieurs matchs, puisque je ne reviens que lors de la dernière journée de championnat, mais je pense que j’avais vraiment gagné ma place, même si Faouzi n’était pas loin derrière. C’est sûrement ma saison la plus aboutie au club.

Parce qu’on ne s’en lassera jamais…

Tu restes quatre ans et demi chez les Verts. Tu y joues la Coupe d’Europe, au sein d’un groupe dont l’ossature évolue peu, et dont la réussite sportive est la plus importante qu’ait connu le club depuis des décennies. Que t’inspire cette période ?

Déjà, une certaine fierté, car on a été européens toutes les saisons. On a tutoyé le haut du championnat, même si Paris était injouable et les places en Ligue des Champions compliquées à aller chercher, malgré le fait qu’on se soit battu pour pendant plusieurs saisons. On a vraiment fait de superbes choses, avec un groupe exceptionnel dans lequel se trouvaient des joueurs qui font désormais une super carrière et d’autres qui sont restés au club. J’ai eu la chance de jouer avec Lolo (Perrin) qui est devenu un ami, et qui est un personnage exceptionnel du côté de Saint-Etienne. J’ai connu des moments magiques, avec un public exceptionnel. Tout le monde en parle, mais quand on a la chance de jouer sous le maillot vert, on en prend vraiment conscience. Quand celui-ci est capable de pousser avec deux corners de suite pour nous, on se rend compte qu’on est capable de retourner un match en mettant une pression énorme sur l’équipe adverse. Ce sont des moments que je n’oublierai jamais.

Cette ville et ce club sont porteurs de valeurs qu’il faut savoir respecter, et ça collait pile-poil aux miennes.

Finalement, malgré la grosse concurrence qu’on t’a imposé (Ghoulam, Trémoulinas, Tabanou, Assou-Ekotto, Polomat), tu es toujours parvenu à gratter un temps de jeu conséquent sans jamais partir titulaire, ce qui fait de toi le latéral gauche stéphanois avec la plus grosse longévité au XXIème siècle. Ce n’est pas anodin !

(Rires) Non, c’est clair ! Mais quand on est à Sainté, dans un club qui fonctionne bien, il y a forcément de la concurrence à tous les niveaux, avec des joueurs de très grande qualité. Faouzi a fait la Coupe du Monde et joue à Naples, Benoît Trémoulinas a connu l’Équipe de France et a été champion avec Bordeaux, Franck a réussi une belle reconversion au poste d’arrière gauche… La chance que j’ai eu, c’est aussi de pouvoir dépanner à droite, ce qui m’a permis de jouer quelques matchs. Et puis surtout, je pense que tout le monde le dira là-bas, je suis quelqu’un qui travaille et qui ferme sa bouche, que je sois titulaire ou pas, même si j’avais forcément envie de jouer. Et ça, le coach le savait.

Jonathan n’est pas un grand buteur, mais quand il marque, il sait y mettre les formes !

Je me considère comme un joueur de club sur qui on peut s’appuyer, à qui on peut faire confiance, qui mouille le maillot. Je pense que c’est aussi pour ça que ça a bien fonctionné avec les supporters, car ils ont vu que je ne trichais jamais et que je donnais toujours tout pour le maillot, sans être le joueur le plus doué de l’équipe. Cette ville et ce club sont porteurs de valeurs qu’il faut savoir respecter, et ça collait pile-poil aux miennes. On mettait le bleu de chauffe et on y allait, point barre. C’est comme ça que j’appréhendais mon métier.

D’ailleurs, en parlant de la ville, t’y es-tu plu, malgré les critiques récurrentes (et souvent injustifiées) dont elle est l’objet ?

Extraordinaire. Je vivais à Andrézieux mais j’étais assez souvent sur Saint-Étienne. Quand j’ai su que j’allais signer là-bas, forcément, les échos faisaient un petit peu peur. Et en fait, non. Les gens sont exceptionnels, la région est magnifique, avec les monts du Pilat, les bords de Loire… Il y a 10 000 choses à faire si on aime la nature. La ville de Saint-Étienne est vraiment sympa, surtout qu’elle évolue d’année en année. Elle a une histoire, une âme, et j’ai passé quatre années et demie magnifiques là-bas. Pour quelqu’un qui aime vivre, et bien vivre, c’est une ville géniale. Preuve en est que beaucoup de joueurs restent y vivre après leur carrière.

En 2016, tu quittes malheureusement Saint-Etienne après t’être assez gravement blessé à la cheville en milieu de saison, pour un dernier challenge du côté de Niort. Mais miné par les blessures, tu décides d’arrêter à l’aube de la saison 2018/2019, après la préparation. Cette cheville a gâché la fin de ta carrière comme tu l’as souvent dit, regrettes-tu de ne pas avoir pu l’achever comme il se doit ?

C’est le seul regret que j’ai par rapport à ma carrière. Cette grave blessure m’a pénalisé, car je n’ai jamais pu retrouver 100 % de mes moyens physiques. D’autant plus que ça a traîné, que j’ai du me faire opérer deux fois… Mais je préfère l’avoir subi à ce moment-là qu’à 22 ou 23 ans. C’est la seule grosse blessure de ma carrière, mis à part une fracture du coude, ce qui est beaucoup moins grave pour un joueur de champ. Et surtout, ça me gène car les dirigeants de Niort avaient fait un vrai effort pour moi, et je voulais leur montrer que je respectais cela et que j’allais tout donner pour ce dernier challenge. J’ai fait une première année quasiment blanche, une plutôt bonne saison lors de la deuxième année, mais le changement d’entraîneur a compliqué les choses et a créé une ambiance un peu pesante. Il me restait alors un an de contrat, je sentais que le club ne voulait plus que je reste, donc on s’est séparés. C’est un petit regret, mais à un moment donné il fallait tourner la page. Et je suis assez content d’avoir terminé ma carrière sans grosses séquelles. Ma cheville ne sera plus jamais comme elle l’a été, mais cela ne m’empêche pas de pratiquer tous les sports que je souhaite.

Tu es encore en contact avec tes anciens coéquipiers stéphanois ? Tu les revois souvent ?

Oui, quand je descends sur Sainté ou que l’équipe vient jouer à Reims, on est content de se retrouver avec les quelques anciens joueurs qui restent de mon époque, ainsi qu’avec le staff médical. Et puis maintenant, avec 16 ans de carrière, ce qui est bien, c’est que j’ai des potes partout à travers la France (rires). Ça permet de se retrouver quand on bouge, de boire un coup. Même là, en cette période de confinement, on s’est envoyé quelques textos pour savoir si la famille va bien, et puis on a aussi des nouvelles à travers les réseaux sociaux.

Pour l’éternité (crédits photo : asse.fr)

Retrouvez la dernière partie de cette interview ici.

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