Antho a arpenté toutes les pelouses de Rhône-Alpes pour en arriver là aujourd’hui. Il débute le football dans le club de son village ligérien, Saint-Romain-le-Puy, avant de rejoindre Andrézieux. Après un passage à Firminy et des moments inoubliables à l’AS Saint-Etienne, il retrouve la tunique forézienne. Jusqu’à s’imposer dans l’équipe fanion, dès sa première saison. Deux podiums de National 2, un 16ème de finale de Coupe de France, les reins de Jordan Amavi et quelques offrandes plus tard, le virevoltant latéral droit se prépare à découvrir de nouvelles exigences. 

En toute transparence, et visioconférence (prudence est mère de sûreté…), il a accepté de répondre à nos questions depuis « la maison d’un collègue ». De quoi « prendre le soleil à la campagne » comme il le dit si bien, avant de rejoindre Pétange le 7 juin.

Un petit retour sur ton parcours ?

J’ai attaqué à Saint-Romain-le-Puy en débutant avec mon père. Après j’ai été repéré par Andrézieux en U11. J’y ai fait mes deux années U11 puis une année U13. Puis je suis parti à Firminy pour intégrer une classe foot en 6ème. Je suis resté un an, avant de rejoindre l’AS Saint-Étienne pour ma dernière année U13. On avait débuté par la Coupe du monde à Johannesburg grâce à la Génération 97 qui avait été Championne de France. L’année suivante, on a également été Champion de France avec les 98 à Capbreton. Ensuite, je suis revenu à Andrézieux de U15 jusqu’à maintenant.  

Tu évoquais ton père, il a également joué à haut niveau ?

À l’AS Monaco, oui. Il a fait quelques matchs à l’époque où Arsène Wenger entraînait l’équipe dans les années 90.

À Andrézieux tu parviens à intégrer l’équipe première, n’est-ce pas un fait rare pour un joueur formé au club ?

En effet, c’était quasiment une des premières, qu’un jeune passé par toutes les catégories s’impose. Ils s’appuyaient beaucoup là-dessus. J’étais souvent leur image sur les réseaux. Le nouveau projet avait pour but de sortir plus de jeunes de l’académie. Donc j’ai fait aussi pas mal d’interventions avec les jeunes sur des séances d’entraînement ou pour les sensibiliser sur mon parcours.  

As-tu été surpris de t’imposer aussi rapidement ?

Je ne me posais pas forcément la question. Je suis arrivé dans un groupe où Romain Revelli prenait les choses en main. Avec un nouveau projet, un nouveau centre d’entraînement et un nouveau stade. Il avait monté une équipe solide avec pas mal d’anciens joueurs de Ligue 1 et de Ligue 2. La plupart arrivaient avec de beaux CV. Il m’avait dit cash : « Je t’ai vu jouer, si tu restes sur la même longueur d’onde, tu débuteras la saison en tant que titulaire mais c’est à toi de faire tes preuves. ». J’avais encore pas mal à corriger tactiquement. J’ai été formé ailier, je jouais latéral seulement depuis un an demi. Le fait d’avoir pas mal d’anciens comme Rémi Amieux ou Romain Reynaud qui m’encadraient m’a bien aidé.

Tu ne t’es jamais senti hors du circuit auparavant ?

Si, quand on sort du centre ce n’est jamais facile. Dans un premier temps, mon objectif était d’aller gratter des séances avec la une. J’ai réussi vers la fin de saison U19 où ils ont commencé à nous intégrer peu à peu sur des entraînements. On sentait qu’il n’y avait pas vraiment la place pour les jeunes dans la politique du club à ce moment-là. Je faisais quand même de bonnes séances mais le groupe restait fermé. C’est vraiment l’année d’après, avec l’arrivée de Revelli notamment, que je me suis installé, j’ai commencé à enchaîner les matchs. Je me suis dit qu’il fallait essayer d’aller encore plus haut.

Cette reconversion en tant que latéral s’est-elle révélée importante ?

Elle aura été bénéfique effectivement. C’est à ce poste que j’ai signé à Pétange. Impossible de savoir ce qu’il en serait si j’étais resté attaquant.

Un conseil pour réussir cette transformation ?

(Rires) Si cela vient de moi…  Qu’il ne soit pas aussi offensif, on en oublie un peu les retours défensifs.

Parle-nous un peu de ton profil justement ?

Ce qui me caractérise, c’est que je suis très offensif justement. C’est ce qui est recherché aujourd’hui dans le football moderne, des latéraux capables de répéter les efforts. Je sais que j’ai encore beaucoup de travail tactiquement parlant sur le placement défensif et surtout dans la gestion de mes efforts. J’ai tendance à être toujours à fond. Je perds un peu en lucidité au bout d’un moment. Le plus gros de mon travail est d’apprendre à gérer mes efforts et être lucide de la première à la dernière minute. À ce poste si l’on n’a pas de cardio c’est un peu compliqué, hormis si tu joues contre un bloc bas qui vient pour ne pas encaisser de buts, on est plus fixe. Mais dans le plan de jeu qu’on avait à Andrézieux, les latéraux sont vraiment devenus des contre-attaquants.

« Tu vois des colosses affûtés, il ne faut pas être impressionné. Mais une fois que le match a démarré tu fais abstraction. »

Tu as déjà connu de grands moments avec Andrézieux, deux podiums de National 2 et un parcours fantastique en Coupe de France (1/16ème de finale), as-tu des regrets de ne pas avoir accéder aux échelons supérieurs avec ton club formateur ?

La première année, on a joué la montée jusqu’à la fin avec une très belle équipe. Mais je me suis blessé sur les six derniers mois. C’était dur de vivre cela en dehors du terrain, de ne pas pouvoir aider les copains. Après, la deuxième saison, l’année du 1/32ème de finale contre Marseille, on avait moins bien commencé. L’équipe était quasiment repartie à zéro. Il a fallu du temps avant que la mayonnaise ne prenne. Et puis on enchaîne les victoires, on voit qu’on peut espérer une montée à quelques journées de la fin. Mais cela s’est joué sur la dernière journée, on n’avait pas vraiment notre destin entre les mains. Il dépendait des résultats de devant. On fait tout de même une belle saison, en terminant 3ème avec ce beau parcours en Coupe de France.

Ce parcours justement… Vous éliminez l’OM dans un stade Geoffroy-Guichard comble, comment cela se vit de l’intérieur ?

Je te le dis cash, je crois que je n’ai pas trouvé le sommeil de la nuit la veille (Rires). Puis le matin du match on s’est retrouvé à l’hôtel. À partir de ce moment tu es focus, dans ta rencontre. Puis le coach prend la causerie 3-4h avant le match et les choses sérieuses commencent. On sait que c’est le match d’une vie mais on n’a rien à perdre. J’ai en tête le moment où on se retrouve dans le couloir avec eux… Tu vois des colosses affûtés, il ne faut pas être impressionné. Mais une fois que le match a démarré tu fais abstraction.

L’exploit en vidéo. Avec un sauvetage d’Anthony dès les premières minutes.

Tu as vite fait abstraction, on se souvient de ton crochet dévastateur sur Jordan Amavi… Tu peux nous raconter ?

C’est ce qui fait aussi ma caractéristique, je ne me pose pas beaucoup de questions. Certaines fois, cela peut être bénéfique mais cela peut aussi me faire défaut. Je réfléchis peu et joue beaucoup à l’instinct. Je vois que le ballon arrive entre nous deux et j’ai un angle pour frapper. Alors je lui fais croire que je vais tirer et, à mon avis, il n’a pas pensé une seule seconde au crochet. Après ceux qui me connaissent savent que c’est un peu ma spécialité. Ils ne se jettent plus trop mais en match, il marche souvent celui-ci.

Une douceur…

Vous vous êtes sentis gagner en visibilité après cet exploit ?

Ça a pris une belle ampleur, à Marseille, avec tous leurs supporters. Il y a eu un buzz énorme grâce à des youtubeurs comme Mohamed Henni. On a été mis en lumière, mais justement, le plus dur c’est de redescendre et se remettre au Championnat. On avait pris une claque après à Saint-Pryvé Saint-Hilaire (2-0). On avait été catastrophiques. On a dû vite se remettre dans le bain pour affronter La Duchère en seizième. Malheureusement, on s’incline au terme d’un joli match.

Les exigences ont-elles changé à la suite de ces performances ?

On a essayé de rester les mêmes mais c’est vrai que ce sont des périodes assez compliquées. Les joueurs sont très sollicités par des messages ou par le biais des médias. On entend des bruits qui courent, souvent faux d’ailleurs. Il faut faire la balance entre le bon et le moins bon, garder la tête sur les épaules et essayer d’avancer. Après des matchs comme ça, il y a pleins de choses qui sortent, je crois que c’est ça le plus compliqué à gérer. Mais on savait que du jour au lendemain tout allait s’arrêter, on n’allait pas avoir Téléfoot à l’entrainement tout les matins.  

Toi qui as vu évoluer ce club, que penses-tu de l’arrivée de François Clerc à la présidence ?

C’est une bonne chose, il connait bien le football, il arrive ici avec ces idées. Je le trouve en adéquation avec le projet, la ville et les gens. Je n’ai pas trop doute sur le fait qu’il arrive à faire grandir ce club. Il y a cette volonté de s’appuyer sur la jeunesse dorénavant. Ils ont mis en place une équipe U20 cette année et cherchent à intégrer leurs meilleurs éléments à l’équipe réserve pour s’aguerrir. Cette année on a même vu des U17 intégrer le groupe, je crois que cela n’était jamais arrivé avant.

Sinon, à quoi ressemble la vie d’un joueur de National 2 ?

On s’entraine tous les jours en principe. Le lundi c’est souvent axé sur la récupération. On avait un partenariat avec un centre de balnéothérapie où on se rendait régulièrement. Le mardi, après la séance du matin, on travaillait en salle. Puis on s’entrainait mercredi, jeudi et vendredi matin avant le match du samedi. Et il y’a tout ce qui s’en suit. Il faut essayer de bien dormir, s’alimenter correctement. Après on sait qu’on est en National 2, ce n’est pas la ligue 1 ! Donc parfois si tu gagnes tu fais la fête mais avec modération. Tu ne peux pas rentrer en marche arrière comme les potes ! (Rires). Et il faut faire attention à ce qui sort sur les réseaux, ça peut nous griller par rapport aux clubs. C’est quand même beaucoup de contraintes, de choses à gérer quand tu sors de chez toi.

Aujourd’hui tu te consacres uniquement au football ?

Oui, après mon bac STMG, lors de ma première saison en N2, le club m’avait trouvé un travail à mi-temps. J’étais surveillant au collège Jacques Prévert. Je pouvais faire l’intégralité des entrainements. Au bout de six mois, j’ai enchainé les matchs et le coach m’a attrapé pour m’inciter à me consacrer uniquement sur le ballon. J’ai donc signé mon premier contrat.

« Ce n’était pas évident, ça s’est vraiment arrêté du jour au lendemain. »

Un sujet d’actualité maintenant, comment s’est déroulé le confinement à votre niveau ?

Ce n’était pas évident, ça s’est vraiment arrêté du jour au lendemain. Le président et le coach espérait que cela se tasse d’ici deux trois semaines et qu’on puisse retoucher le ballon par petits groupes. Mais avec la tournure que ça a pris, on a rapidement compris que c’était cuit. Tous les jours, notre préparateur physique nous envoyait une séance de course et un peu de renforcement musculaire. Puis il y a eu les annonces sur l’arrêt. Des joueurs commençaient avoir des contacts, le club anticipait la saison prochaine et certains ont appris qu’ils n’étaient pas conservés… Notamment notre préparateur physique, Fred Gacon, qui a été remercié, on avait plus de programme à suivre. Donc sur les cinq dernières semaines on était assez autonome. C’est le plus dur de se motiver tout seul. Surtout avec ces mesures d’un kilomètre et d’une heure, ce n’était pas évident. Sur le plan salariale on a eu aucun problème avec Andrézieux. Tout le monde a été payé en temps et en heure, en chômage partiel. Mais on n’a jamais eu aucun soucis de délais ou d’impayés en raison du coronavirus.

Les négociations avec Pétange avaient débuté ?

Elles ont démarré pendant le confinement. Andrézieux m’avait déjà sollicité pour prolonger et j’étais parti dans l’optique de prolonger. Mais le club savait que si je disposais d’une offre à un niveau supérieur, ne serait-ce qu’en National, je serai allé tenter ma chance. Puis par le biais de mon agent j’ai appris qu’il y avait un intérêt d’un club luxembourgeois. Il m’a fallu du temps pour que je me renseigne, que je m’informe sur le niveau et la visibilité. Puis après avoir pesé le pour et le contre j’ai jugé que c’était une bonne opportunité. Alors je n’ai pas plus réfléchi, c’était le moment de s’envoler.

Anthony Vacheron le jour de sa signature à l’Union Titus Pétange.

Tu as eu des offres en France ?

L’année dernière j’ai eu des touches en National et en Ligue 2. Des discussions mais sans offre concrète. J’étais encore sous contrat donc c’était un peu compliqué de partir. Puis cette année aussi, il y a encore eu des clubs de National qui sont venus au infos mais une fois que je m’étais informé sur le Luxembourg ma décision était prise. Mettre les pieds dans le monde pro était vraiment important donc je n’ai pas donné suite.

L’Europa League a pesé dans la balance ?

Bien sûr, c’est une autre vitrine ! J’espère qu’on accèdera au poule pour encore plus de visibilité.

Il faut disputer huit matchs n’est-ce pas ?

Oui, si les rencontres se déroulent sur un format aller-retour mais justement avec le Covid, ils parlaient peut-être de les jouer sur un seul match à élimination directe. Ce n’est pas très clair encore, mais cela représenterait trois tours de qualification puis un barrage pour accéder aux poules.

« Ils se sont vraiment montrés insistants, c’est ce qui m’a aidé à choisir. »

On peut parler de premier contrat pro donc ?

Oui, c’est bien un contrat pro, d’une durée de deux ans.

Ton choix est purement sportif ou l’aspect économique a pesé également ?

Forcément le salaire est un peu mieux qu’en National 2 mais rien à voir avec Ligue 1 par exemple. Ce n’est pas le plus important pour moi. Le sportif prime, je ne te cache pas que l’argent reste secondaire. Surtout que là-bas, j’aurai peu à dépenser. Fini les repas et les sorties avec les collègues. C‘est vraiment pour se consacrer au football.

Tu as des garanties sur ton rôle dans l’équipe ?

Ils se sont vraiment montrés insistants, c’est ce qui m’a aidé à choisir. Même mon agent n’en pouvait plus, sa femme en avait marre que le club l’appelle. Ils étaient vraiment déterminés. Ils ont mis la pression pour qu’on donne une réponse assez vite parce qu’ils ne voulaient pas se rabattre sur leur 2ème ,3ème ou 4ème choix. Ils étaient vraiment intéressés par mon profil. Et à 22 ans, c’est dur de refuser l’Europa League.

Tu arrives dans un club au staff et à l’effectif assez cosmopolite, tu vas découvrir un club à grande échelle ?

Je pars un peu à l’aventure, mais quand j’y suis allé ils m’ont bien expliqué le projet. Cette année ils ont fait pas mal de ménage par rapport à l’an dernier et ils sont en train de construire un gros noyau français. L’avantage c’est que le coach, le staff et tous les gens là-bas parlent français à 90 %. Ce sera déjà une barrière en moins.

Quels sont tes objectifs pour la suite ?

Franchement dans un premier temps, ce sera d’enchaîner le plus de matchs là-bas. Après collectivement ce sera de gagner et mettre un pied dans les poules. Aller encore plus haut ? C’est toujours dans un coin de ma tête.

Tu dois avoir du monde à remercier ?

Oh oui ! J‘aimerais remercier ma famille et mes amis pour le rôle important qu’ils jouent dans ma vie de tous les jours. Puis tous les entraineurs, dirigeants et coéquipiers avec qui j’ai joué. Ils m’ont tous aidé à en arriver là. Je remercie également Andrézieux qui m’a formé, qui m’a beaucoup appris humainement et sportivement. Un club dont je vais rester le premier supporter, je le suivrai attentivement.

Pourquoi pas un retour un jour ?

Qui sait ? Peut être en Ligue 2 ou en Ligue 1 ! (Rires)

Un grand merci à Anthony de s’être prêté au jeu de l’interview en toute sincérité. En lui souhaitant de réussir au Luxembourg et de connaitre, un jour, le plus haut niveau.

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