Crois moi sur parole quand je te dis que je ne savais foutrement pas que cette journée du 12 août est en réalité bien plus qu’un simple lundi d’été puisque effectivement c’est la Journée mondiale des éléphants (tu peux aller checker, il y a bel bien un jour dédié à ces braves bêtes). Alors moi franchement j’ai rien contre, bien au contraire d’ailleurs ! L’éléphant est, comme tu dois le savoir, menacé de disparition. Pourquoi ? Parce que l’homme est entre autres choses, comme tu dois le savoir aussi, une vieille merde qui braconne (va bien te faire cuire le cul toi qui veut de l’ivoire)…

Braconniers et amateurs d’ivoire, allez encore vous faire cuire le cul !

Je veux te parler d’un super groupe de musique tokyoïte ! Et non, ce n’est pas une vulgaire maladie trimballée par le moustique tigre qui te donne une chiasse de tous les diables. Je veux donc te parler de Thee Michelle Gun Elephant (ouais il y a « Elephant » dans le nom du groupe et l’article sort le 12 août, qu’est-ce qu’il y a ?). Pour préparer ce contenu et ce de la meilleure des manières, il m’a fallu écouter (au moins une fois) tout ce qu’a pu faire TMGE et le moins que l’on puisse dire c’est que les gaziers n’y sont pas allés de main morte puisque en dix ans, de 1993 à 2003, ils ont pondu pas moins de huit galettes (et là on compte uniquement les albums studio). Courte mais bien pourvue. Il y a aussi deux EP, deux albums live et encore bons nombres de trucs incroyables que ces Tokyotes ont sorti (ouais on peut dire ça comme ça aussi) comme par exemple une flopée de singles.

Du coup, comme tu te l’imagines, ça prend du temps de connaître (aussi peu soit-il) toute la discographie d’un groupe et voilà qu’au moment de commencer l’écriture de l’article, je me casse la tête en deux pour sortir une accroche qui ne soit pas sorti de nulle part justement. Et là, BAM ! Une âme charitable m’informe que c’est la Journée mondiale des éléphants, incroyable coïncidence n’est-ce pas ? Non ? Bon, allez, ça c’est plié !

Thee Michelle Gun Elephant, donc, est un groupe de garage rock formé en 1991 pour la formation qu’on lui reconnaît encore aujourd’hui. Le garage rock, o que é isso? Et bien, le nom de « garage » fait directement référence à l’endroit où tu ranges ta débroussailleuse et ta Renault 5. En effet, tout dans le son utilisé par les groupes appartenant à cette scène faisant penser à un enregistrement précaire à la va comme je te pousse dans un garage (justement). Le bassiste se tenant habituellement entre la R5 et le Rotofil fixé au mur de manière transitoire. Quant au batteur, caché par l’évier de fortune attenant à l’établi où reposent çà et là quelques vieux magazines Hot Vidéo anormalement en bon état, numéros de septembre 1990 et mars 1996, se débattant tant bien que mal avec ses fûts de seconde main pour ne pas faire tomber la précieuse série de limes à métaux du tonton fixée au mur du fond. En gros, le son est crade. C’est brut et peu retravaillé avec un usage massif de la pédale fuzz qui donne ce rendu particulièrement distordu au niveau de la guitare électrique. La qualité d’écoute est souvent médiocre mais c’est voulu, ça sent bon le « cheap » et l’essence brûlée de la R5, pour le coup. Même si tu penses bien qu’un garage servait plus de lieu de répétition que de véritable studio d’enregistrement.

Maintenant que tu sais un peu ce qu’est le garage rock, revenons vers TMGE, formation connue et reconnue essentiellement au Japon qui a énormément influencé la scène « garage » locale. Considérés là bas comme une référence incontournable du rock nippon, de véritables piliers de la scène, ils sont pourtant bien loin voire radicalement opposés aux formation estampillées « Visual Kei » (ces dernières connaissant un véritable succès de nos jours en Europe et aux États-Unis principalement). Thee Michelle Gun Elephant illustre à merveille que toute la scène J-rock ne se résume pas qu’à des groupes misant essentiellement sur l’image (à défaut de miser vraiment sur autre chose) même si pose toi cinq minutes et admire cette classe incroyable. Originellement influencés par la scène pub rock anglaise, les gars de TMGE décident de porter des costumes sur scène, deux des membres arborant des chaussures cirées blanches, les deux qui restent portant des noires. Non mais quelle putain de classe !

Les chaussures font toute la différence
Tu le sens le style « mafioso » là ?

Hormis le Japon, TMGE, c’est avant tout une formation reconnue dans les milieux underground (surtout chez les Cainris où réside le gros de leurs fans occidentaux). Leur succès aux U.S. s’explique surtout par le fait que le groupe ait été découvert par Anton Newcombe, leader de la super formation rock psychédélique The Brian Jonestown Massacre après un concert des Japonais à L.A. Effet boule de neige et les fans de BJM se retrouvent également fans de TMGE (pour la plupart). Newcombe est tellement enthousiaste vis à vis de la musique labellisée « Elephant » qu’il poussera le patron de Alive Records, label de Los Angeles créé en 1994 et spécialisé dans le blues rock, le punk rock et enfin le garage rock (« of course »), le Français Patrick Boissel de les signer chez lui pour la première sortie outre-Atlantique du groupe avec Gear Blues, leur cinquième opus en 2000 (ils sortiront également chez Alive une compil’ regroupant des titres de 1995 à 2000 sous le nom de TMGE Collection destinée au marché cainri).

TMGE, c’est tout d’abord la rencontre de quatre étudiants fans de rock et de punk de l’Université Meiji Gakuin, établissement privé chrétien basé à Shirokane dans l’arrondissement de Minato, Tokyo. Pour être plus exact, la formation naît, dès 1988, de la passion dévorante pour les Damned que partagent le chanteur Chiba Yusuke et le guitariste Abe Futoshi, alors déjà amis. Influencés par la musique de Thee Headcoats, groupe britannique, œuvrant dans le punk rock et le « garage » (« of course »), il en emprunteront le « Thee ». Le reste du nom du groupe est dû à une erreur de prononciation de l’incroyable album de 1979 des géniaux Damned (toujours là) qu’est Machine Gun Etiquette. En effet, suite à un concert de ces derniers au Japon, l’ancien bassiste de Chiba et Abe, achète sa place et se serait donc exclamé : « voici un ticket pour Michelle Gun Elephant ! ».

Chiba Yusuke

Du côté des influences, on peut également citer The Stooges (simplement une des meilleures formations musicales de tous les temps), The Roosters (groupe de rock japonais) et le MC5 (Kick Out The Jams Motherfucker!). Le guitariste de génie de TMGE, Abe Futoshi (tragiquement décédé le 22 juillet 2009 d’un hématome extra-dural) nous distille ses riffs supersoniques avec une telle aisance que c’en est hallucinant (mate moi les vidéos de leurs lives présentes sur le Youtube tout de suite !). En découle un son crasseux, volontairement sale, énorme et agressif. TMGE a même donné un nom à sa musique et c’est incroyable ! J’en parle plus bas (ce qui veut carrément dire que tu vas peut être devoir te taper cet énorme pavé).

Voilà ! Je t’ai littéralement mâché le travail…

Le chanteur du groupe, Chiba Yusuke, également parolier et guitariste, explique que tout à plus ou moins commencé avec une « tape » de Johnny Thunders qu’un ami lui a filé. S’en est suivi de longues heures d’écoute assidues des Clash, de Iggy, des Stooges, des Addicts et aussi des Damned (sans déconner ?), la crème quoi !

Fisheye on Maximum! Maximum!! Maximum!!!

Le 25 novembre 1993 sort donc leur premier album, entièrement auto-produit, Maximum! Maximum!! Maximum!!!, réédité depuis sur le label indé Trippin’ Elephant Records (vive cette Journée mondiale bordel et toi qui aime l’ivoire, va toujours bien te faire cuire le cul !). S’ensuit en 1995, l’EP Wonder Style, sur Trippin’ Elephant (il sera réédité en 1997 par le label Triad), véritable première galette du groupe étant donné l’auto-production sur Maximum!. Travaillant avec le producteur Chris Brown (non pas le gars qui tabasse ses petites amies) connu pour son travail avec Radiohead (But I’m a creep, I’m a weirdooooo, tout ça tout ça, tmtc) et le « Mighty » Pink Floyd (que te faut-il de plus à la fin ?).

Premier EP de la formation nippone

Comme dit précédemment, avec ce groupe, les albums s’enchaînent plutôt rapidement, véritable machine à pondre des riffs survitaminés, et c’est donc tout à fait normal si l’année qui suit, en 1996, sort leur deuxième album Cult Grass Stars, chez Triad, label affilié à la major Nippon Columbia. Toujours enregistré en Angleterre avec Monsieur Brown (« Vous trouvez pas que ça fait un peu chiotte ? »). La même année sort l’album High Time (Is This High Time? pour la version vinyle), troisième sortie studio pour TMGE, cette fois, enregistrée aux U.S. Atteignant la treizième place des charts japonais, le succès se confirme avec une tournée de 21 dates à travers le pays à guichet fermé. Quel album mais quel album !

Deuxième galette chez Triad
« Tu cherches quelque chose ? »

En 1997 (ouais les gars tiennent vraiment une cadence de porcs) sort Chicken Zombies, probablement leur album que j’ai le plus écouté à ce jour avec ce morceau de dingue qu’est Hi! China! et son harmonica survolté. Ça groove sec ! Toujours enregistré à Londres (« Oui, Londres. Vous savez bien : fish ‘n’ chips, tasse de thé, bouffe dégueu, temps de merde, Mary Poppins de mes deux, Londres ! »), cet album précédera une série de concerts, cette fois en Angleterre, qui sera un triomphe pour le groupe et ladite galette briguera la cinquième place des charts au Japon. Une fois rentré, TMGE vendra en un temps record tous les billets d’une tournée de 52 dates à travers tout le pays. Mais bordel que Chicken Zombies est bon ! Son mélange d’harmonica, de basse qui groove comme « never » et de mélodies cultissimes complètement perchées fonctionne à merveille. Quel défoulement ! Et cette voix… Si quasiment tous les morceaux du groupe ont des titres anglais qui se résument en une sélection complètement random de mots posés çà et là, genre Pinhead Cranberry Dance (sur l’album de 2000, Casanova Snake, la cover avec les chaussures, tmtc), les lyrics sont en japonais et avec la voix rauque, éraillée et absolument barge que se tape le chanteur du groupe Chiba Yusuke, ça déboîte ! Sa voix, joliment endommagée, sort comme elle sort et avec ça, Chiba tutoie le sommet de la « craziness » si tant est qu’il existe un sommet pour ce genre de choses. Musicalement et au niveau du chant, la formation assure une sacrée cohérence dans ce joyeux bordel !

Alors ça… ça c’est incroyable !
Même en vert, ça fonctionne tout autant ! C’est dingue non ?

En 1998, devant 50 000 personnes, les nouveaux héros du rock nippon participent au Fuji Rock Festival à Tokyo avec, entre autres, Sonic Youth. Elvis Costello, Blankey Jet City, Iggy Pop, Nick Cave & The Bad Seeds, Prodigy, Korn et j’en passe (elle était pas dégueu dégueu la prog quand même cette année là). La même année, TMGE lance son World Psycho Blues Tour et devient un phénomène national, ce tour les amenant directement à jouer dans des « arenas » un peu partout dans leur pays (les 62 dates affichent complet). Ils s’envolent ensuite pour les États-Unis et atterrissent à N.Y.C. pour une date au sein de la mythique salle new-yorkaise du CBGB, viennent ensuite 16 autres concerts sur le sol américain. C’est beau putain !

Je t’ai pas menti pour la prog hein… la crème quoi !
Faut se faire plaisir dans la vie

La véritable découverte du groupe par l’Occident se fait avec la sortie de Gear Blues (fin 1998 au Japon) réédité donc en 2000 aux U.S. et ce sera une grosse branlée pour les Cainris amateurs de rauque ‘n’ roll, absolument fans de la musique proposée par les Japonais. C’est le point culminant de leur carrière. Les membres s’autoproclamant faire du « Japanese monster rythm & blues » (tu vois quand tu veux). Je sais pas toi mais je trouve ça totalement incroyable ! Ils ont bien posé leurs baloches sur le game quand même.

Plus gros succès outre-Atlantique de la formation originaire de Tokyo

Incroyable fabrique d’hymnes rock, Thee Michelle Gun Elephant sort en 1999 une compil’ de faces B, Rumble. En 2000, c’est le sixième opus qui sort du studio avec Casanova Snake (vendu à plus de 600 000 copies au Japon, en terme de population, proportionnellement parlant, ça équivaut à 1.2 millions d’exemplaires vendus aux U.S. voilà je pose ça là), agrémenté de la sortie du live Casanova Said « Live Or Die » toujours la même année.

Quand il y a une jolie cover, faut pas se gêner de la foutre dans un article, c’est ce que je dis toujours !

En 2001, c’est Rodeo Tandem Beat Specter, toujours chez Triad (la sortie U.S. se fera chez Alive, tu commences à comprendre la mécanique). Cependant, le groupe commence à se remettre en question et décide de partir du coté de Island Records l’année suivante, label faisant partie du groupe Universal Music. Ils sortiront le single He Got The Sun, teasant ainsi leur prochain album censé sortir en 2003 : Sabrina Heaven (chez Island donc) rejoint les bacs en mars de cette année. Ce sera leur dernier album. Enfin, un EP intitulé Sabrina No Heaven, sort en juin.

Ça suinte la coolitude par tous les pores
Un hommage aux Clash ?

Le 11 octobre de la même année, à l’issu de leur Last Heaven Tour, Thee Michelle Gun Elephant se sépare, mettant fin à douze années de carrière survoltée. Les membres du groupe préfèrent dissoudre la formation, sentant qu’ils avaient fait le tour de ce qu’ils voulaient proposer à leur public. Ils split donc avant de tourner définitivement en rond. Moi, personnellement, je salue la démarche ! Surtout que la formation devenue culte au fil des années est un putain de phénomène au Japon (et aux U.S.), délivrant un son à nul autre pareil. Des divergences musicales seraient également apparues à la fin de la carrière du groupe, ce qui, selon les membres, aurait considérablement nuit à la qualité d’un hypothétique nouvel opus estampillé TMGE. Leur dernier tournée donnera lieu à un album live, le Last Heaven’s Bootleg, en 2003 toujours.

Abe Futoshi

Bizarrement, la fièvre TMGE n’a jamais pris en France… Mais pourquoi bordel ?!

Je sais pas si ça synthétise l’esprit TMGE mais le magazine de rock britannique MOJO décrit le groupe en tant que « ultra-cool kung-fu garage punk ». On leur écrit une lettre pour leur dire que le kung-fu c’est chinois ou pas ?

Au moment de la séparation du groupe, voici ce que pense le chanteur Chiba sur l’état actuel de la musique :

« There are not so much good music or records which I think great nowadays. There’s no soul. That’s why, I listen to old ones such as Gene Vincent. »

Merci pour la musique

Ouaip, un vieux son bien craspouille, joué à fond avec l’ampli poussé à 11, dégoulinant de « japanese » coolitude, c’était Thee Michelle Gun Elephant.

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