Avec Eclectic Wizard, on aime proposer de nouvelles écoutes à nos lecteurs chez Spectre. L’album dont on va parler ici n’est probablement pas fait pour toi mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas lui laisser une chance. L’oeuvre en question s’intitule Supplication et c’est fait par Akhlys. Et crois moi, cet album mérite toute ton attention.

Le projet Akhlys, un one-man band US

Le point de départ de cette (nouvelle) exploration musicale est Naas Alcameth, un artiste cainri über talentueux. On en sait très peu sur le bonhnomme et encore moins sur Akhlys et ce n’est pas plus mal tant le mystère – voire le mysticisme – entourant le personnage sert son art et ses propositions artistiques. Je veux dire par là qu’il existe un réelle cohérence entre le créateur et le fruit de son travail. Le seul fait notable sur Alcameth étant que ses sorties deviennent instantanément cultes dans le milieu underground du metal extrême US. Il est de ce fait hautement respecté, que ce soit par ses pairs comme par les amateurs de ce genre musical. Ses projets les plus connus restent à ce jour Nightbringer, Bestia Arcana, Temple of Not et Aoratos. Ouais, le gars est très prolifique.

Naas Alcameth

Avec Akhlys, projet initié en 2009 dans le Colorado, on est cependant sur un registre bien différent par rapport aux créations musicales citées précédemment. Parce que j’ai bien conscience qu’écouter du metal extrême, ce n’est pas fait pour tout le monde et que se faire tous les albums de Nightbringer, c’est à dire cinq opus de pur USBM occulte (pour US Black Metal), et bien ça peut en laisser plus d’un sur le carreau. Mais comme on peut aimer se faire peur au cinéma ou se mettre volontairement dans un état émotionnel fort, que ce soit du stress ou du malaise suite au visionnage de tel ou tel film – il n’y a qu’à voir les résultats en salle de films comme Insidious ou The Conjuring, véritables hits au box-office mondial pour ce qui est de la dernière décennie – on peut donc tout aussi vouloir se faire peur en musique. C’est pourquoi je tenais à faire un article sur un projet de niche comme Akhlys tant je pense que l’expérience peut plaire à certaines personnes. D’ailleurs, historiquement, le metal est né d’une volonté de proposer un équivalent sonore aux films d’horreur.

Et c’est justement de par la teinte très underground qui entoure ce projet et son créateur qu’un article est, je pense, nécessaire afin de faire découvir cela à un plus grand nombre. Alors Akhlys, qu’est-ce que c’est ?

Déjà, ce qui frappe de prime abord est le côté expérimental de la chose. C’est une pure exploration sonore. Et quand je parle de se faire peur en musique, j’exagère sûrement mais le but d’une écoute comme celle-ci est peut être, le temps de l’album, à savoir un peu moins de 40 minutes, de se mettre dans un état similaire à celui provoqué par un film d’horreur. Je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde mais une partie non négligeable de personnes aime se faire peur alors as-tu déjà pensé ou imaginé le faire en musique ?

Initialement, Akhlys était un moyen pour Naas Alcameth de s’aventurer du côté du genre musical qu’est le dark ambient. Alors ça aussi qu’est-ce que c’est ? En gros, c’est de la musique électronique s’inspirant en partie à ses débuts de films d’horreur. Logique tu me diras. À travers des compositions marquées par l’absence de beat et par le recours à des nappes et des sons organiques mais aussi de cris, d’échos ou de tintements, les musiciens oeuvrant dans le dark ambient vont installer des ambiances (logique là aussi) mettant l’accent sur différentes palettes d’émotions telles que l’angoisse, l’isolement, le malaise, la distance ou le froid… Le dark ambient lorgne aussi du côté de la musique bruitiste où l’on peut également sentir et percevoir l’aspect deshumanisé des compositions.

Tu vois où je voulais en venir maintenant. Et avec Akhlys, Alcameth a voulu arpenter les côtés les plus sombres de ce genre là. Pour avoir écouté plusieurs albums faits par le monsieur, l’impression qui, selon moi, empreint toutes ses créations artisiques est le côté rituel et incantatoire, très obscure, de sa musique. Il y a presque quelque chose de chamanique. Et quand on sait que Akhlys est un projet initié dans le Colorado, on imagine très bien le côté mystique de l’Ouest américain et ses paysages hantés avec un chaman complétement démoniaque et mal intentionné, prêt à tout pour te faire sombrer dans quelques hallucinations insidieuses. Par la suite, le projet a prit une tournure plus black metal, devenant ce que l’on pourrait qualifier de black ambient. Il faut savoir que beaucoup de musiciens, justement issus de la scène black metal, excèlent dans des projets parallèles dark ambient tant il y a d’émotions communes entre les deux genres.

Supplication, premier méfait dark ambient de Naas Alcameth

Première pierre posée du projet Akhlys de Naas Alcameth, Supplication nous fait entrer dans un espace de pure négativité. Ça suinte le mal par tous les pores. À l’écoute de l’album, divisé en deux pistes sonores, sobrement intitulées « Part I » et « Part II », on erre à travers des paysages tous plus cauchemardesques les uns que les autres, endroit distant de tout ce que l’on peut connaître et chérir. Ici, il n’y a rien de familier auquel te rattacher. Sur toute la durée de l’album, on oscille entre mauvais rêves éveillés teintés de chuchotement venus d’outre-tombe et distortion de la réalité. Il ressort de l’écoute de Supplication une impression de malaise, sensation inconfortable que l’on peine à décrire. Mais en dehors de l’aspect hautement indicible de la chose, Supplication n’en demeure pas moins une obsession. Cela tient de la pure expérience sensorielle. Pendant 37:06 minutes, on assiste à quelque chose d’incomparable tant la singuliarité prévaut dans chacun des projets de Naas Alcameth.

Artwork de Supplication, une menace à peine voilée

J’imagine parfaitement lire du Lovecraft sur fond de Akhlys. Je pense que l’association peut être intéressante étant donné le trait commun entre les deux univers : l’indicibilité des choses se déroulant devant nous. Les compositions de Naas Alcameth faisant écho aux horreurs de l’auteur de Providence. Chacun sublimant l’autre, alimentant leur délire respectif. Pourquoi ne pas lire Les Montagnes Hallucinées de H. P. sur fond de musique hallucinée à la Akhlys ?

Enfin, je ne peux donc que vous conseillez Supplication, ne serait-ce que pour une seule et unique écoute. La forme d’expression musicale ici est des plus intéressantes et peut vous amener vers des états émotionnels particulièrement forts teintés d’angoisse et de paranoïa. Sachant que c’est plus ou moins ce que l’on recherche avec des œuvres dites fantastiques, des émotions et sensations fortes. Surtout si, comme pour un film ou un jeu vidéo d’horreur, les conditions sont optimales, à savoir une pièce disponible pour s’isoler où l’obscurité y est totale ainsi qu’un casque audio de bonne facture rendant justice aux ambiances cauchemardesques de l’incroyable one-man band qu’est Akhlys. Je vous promets que vous allez, au gré des atmosphères instiguées ça et là, rêver parcourir et contempler, non sans effroi, de magistraux décors tout à fait épouvantables. Et au même titre que tout œuvre traitant de ces thèmes là, que ce soit au cinéma ou dans la littérature, Supplication pourrait très bien continuer de vous hanter longtemps après son écoute., ses scènes d’horreur et ses visions du mal restant avec vous que vous le vouliez ou non.

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