Les Journées Européennes du Patrimoine, une initiative française

Origine et développement

C’est en France que les Journées Européennes du Patrimoine (que vous me laissez abréger en JEP) trouvent leur origine. En 1984, à l’initiative du ministre de la culture Jack Lang, sont organisées pour la première fois sur le territoire français des « Journées portes ouvertes des monuments historiques » le troisième week-end de Septembre.

Ces journées rencontrent un franc succès sous le ministère de Jack Lang, tant et si bien que certains pays européens instaurent le même type d’actions (Suède, Pays-Bas et Royaume-Uni entre autres). La possibilité d’étendre cette initiative à un niveau européen est évoquée dès 1985 lors d’une réunion d’un Conseil de l’Europe. En 1992, le retour de Lang au Ministère de la Culture fait entrer l’évènement dans une autre dimension avec « Les Journées Nationales du Patrimoine ». Le patrimoine y est inclus dans sa globalité et n’est plus réduit aux simples monuments historiques.

Concept repris par le Conseil de l’Europe, puis par l’Union Européenne, l’évènement est officialisé et institutionnalisé par un bureau de coordination. Au fil des années, de plus en plus d’États s’associent à l’initiative. Aujourd’hui, une cinquantaine de pays organisent les JEP. Le succès est tel que de nombreux pays hors UE (comme la Turquie par exemple) imitent ce fonctionnement.

Des actions valorisées en ligne

En France, depuis quelques années désormais, les JEP se sont dotés d’un site web officiel les mettant en avant. Le site est mis à jour annuellement et c’est sur ce dernier que les visiteurs trouveront la programmation des JEP de chaque région… mais pas seulement ! Ce site met aussi en avant l’historique des Journées (ce que je viens de résumer quelques lignes plus haut) et se lie avec le site web « Toute l’Europe » pour ce qui concerne les articles touchant le patrimoine européen. Vous  trouverez également des onglets présentant la thématique principale chaque année.

En termes de maniabilité, le concept est assez facile à prendre en main avec une carte interactive permettant d’identifier les différents sites et animations à voir près de chez vous. Plus vous zoomez, plus la localisation des évènements sera précise.

Exemple d’utilisation de la carte sur le site des JEP. Ici à Lyon

Ce qui fait tiquer en revanche, c’est que le site français, géré par le Ministère de la Culture, ne nous permet pas d’avoir l’accès aux évènements se déroulant… en Europe ! Comble de l’ironie, nous n’avons accès qu’aux évènements français. Par curiosité, j’ai donc cherché le pendant anglais de ce site web, « Heritage open days » et bien le constat est le même : seules sont mises en avant les actions aux Royaume-Uni. Rien de véritablement dérangeant mais l’on constate tout de même qu’hormis la date, très peu d’évènements sont organisés conjointement entre pays européens, même sur les différents services en ligne des JEP.

Les JEP très populaires chez les français

En France, il s’agissait donc de la 36ème édition des JEP, durablement installés dans le cœur des français comme l’un des rendez-vous culturels les plus importants de l’année. Depuis les années 2010, la fréquentation globale en France a dépassé les dix millions de visiteurs et semble se stabiliser.

Basé sur les arts et les divertissements, les JEP 2019 ont attiré près de 12 millions de visiteurs dans les 17 000 sites ouverts au public selon le Ministère de la Culture (annonce de Franck Riester), un constat identique réalisé depuis 2016.

À Paris

Certains sites parisiens sont traditionnellement assaillis de visiteurs à l’occasion des Journées du Patrimoine. Cette année, le Ministère de la Culture a par exemple rencontré un fort succès du fait de son exposition sur Notre-Dame-de-Paris (comportant notamment le coq miraculé de la flèche de la cathédrale). Près de 8000 personnes s’y sont rendues. Le site français le plus visité des JEP est logiquement parisien : il s’agit du  palais du Luxembourg (où siège le Sénat) avec près de 22 000 spectateurs.

L’Élysée est également pris d’assaut chaque année, faisant parfois prendre au palais présidentiel des allures de parcs d’attraction © DOMINIQUE FAGET / AFP

La fréquentation parisienne a pu cependant être freiné cette année par l’importante couverture médiatique accordé aux diverses manifestations sociales ayant lieu dans la capitale le samedi 21 septembre (gilets jaunes et marche pour le climat principalement). La crainte fut telle que certains sites comme l’Arc de Triomphe n’ont pas ouvert leurs portes au public. Le contexte médiatique et social finit malheureusement souvent par atteindre des évènements comme les JEP qui, à priori, n’y sont pas liés…

Les sites les plus prisés en France

Certains sites de nôtre beau pays sont très fréquentés chaque année. Le « grand patrimoine » tire comme toujours son épingle du jeu. Ainsi, il n’est pas surprenant de trouver dans les sites les plus visités l’abbaye du Mont St-Michel (selon un premier bilan du Ministère de la Culture, le site a accueilli près de 12 600 visiteurs sur le week-end). La bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg n’est pas en reste avec près de 8 500 visiteurs (succès qu’elle doit en grande partie à sa collection remarquable de manuscrits de diverses périodes). Le Grand-Théâtre de Bordeaux, l’illustre château de Chambord et d’autres châteaux de la Loire (Azay-le-Rideau et Chenonceau entre autres) font également parties des sites les plus prisés.

Au sein de chaque commune, ville ou village, des animations ont été organisées de partout sur le territoire français. Dans tous les départements, le succès fut quasi-systématique, preuve de l’attachement des français pour leur patrimoine.

Quels apports ?

Ces journées du patrimoine s’inscrivent dans un concept politique qui est de valoriser et de démocratiser le Patrimoine et la Culture. Ce concept de « démocratisation de la Culture » est né dans les années 70-80 (post mai 68 quoi) avec pour ligne directrice d’apporter la Culture à tous (par exemple au sein des musées, des archives ou encore des monuments historiques).

Ainsi, les réductions ou la gratuité de certains sites permettent à une part plus importante de la population d’accéder à ces connaissances et d’approcher ces traces du passé que sont les musées et monuments nationaux. Le but des JEP est alors de montrer que l’Histoire et le Patrimoine sont à la portée de tous, et non pas simplement d’une élite intellectuelle.

Le succès des JEP met cependant en exergue les difficultés rencontrées par les institutions patrimoniales. Le patrimoine et son entretien font partie du budget de la Culture qui comprend également une part importante allouée au domaine du spectacle, à l’audiovisuel public ou encore aux différentes industries créatives.

Le tremplin que constituent les Journées du Patrimoine, plébiscitées par les Français, dissimule des failles, des blessures du système

Ce budget ne représente hélas qu’une part infime du budget général de l’État et a tendance à se fractionner avec le temps, au grand dam de Jack Lang, le fondateur même des Journées Européennes du Patrimoine, aujourd’hui Directeur de l’Institut du Monde Arabe. Ce dernier, dans une interview accordé à l’AFP, regrette le manque d’investissements étatiques dans la sauvegarde du patrimoine. Il estime que « le tremplin que constituent les Journées du Patrimoine, plébiscitées par les Français, dissimule des failles, des blessures du système ». Il en profite également pour dénoncer le transfert de responsabilité des chantiers à des fonds privés plaçant le « mercantilisme » au centre de tout.

Si la charge est très sévère, le constat de départ est tout de même recevable : le gouvernement a tendance à délaisser la Culture dans ses projets de Loi de Finances. Pour le patrimoine en péril, l’État laisse le soin à Stéphane Bern d’organiser pour les JEP un loto dont seuls 10% des bénéfices sont reversés aux sites patrimoniaux dans le besoin. Dommage… même s’il est à noter que le Ministère de la Culture bénéficiera pour 2020 d’un budget rehaussé de 73 millions d’euros.

Il ne faut cependant pas oublier que les JEP permettent aussi de recueillir de nombreuses donations permettant d’appuyer la Mission Bern. Elle vise à sauver « le patrimoine en péril » (121 sites sont concernés cette année pour l’ensemble du territoire français), dont certains sont assez remarquables et listés sur le site des JEP. Le tout se fait en partenariat avec la Fondation du Patrimoine, qui reçoit entre autres une partie des bénéfices du Loto du patrimoine.

Le Patrimoine est important pour nos générations car il possède une double étiquette : il est à la fois un outil de mémoire et un outil pédagogique mais est aussi un lieu de divertissement. Préservons-le !

Voir le site de la Fondation du Patrimoine

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