Un pays prospère, riche d’une nouvelle classe moyenne, d’une industrie de plus en plus spécialisée et compétente, qui s’exporte. On oublierait presque que la Chine est tout sauf un Etat démocratique. Donald Trump ayant jeté son dévolu sur la Corée du Nord comme nouveau super-méchant du petit film qui passe dans sa tête, le reste du monde a préféré regarder dans la même direction que lui, par crainte (ou envie ?) de le voir tourner encore une fois l’équilibre international en télé-réalité. Envoyez 1 pour faire exploser Kim, 2 pour amorcer le dialogue…

Décidément, Xi Jinping a bien de la chance. Rien que l’année dernière, le « Parlement », évidemment majoritairement favorable au leader en place, vote la révision de la constitution, supprimant la limite de 2 mandats pour le chef d’Etat, faisant de l’actuel dirigeant le Président à vie de la République Populaire. A-t-on entendu un seul message de soutien aux deux seuls députés ayant voté contre le changement constitutionnel ? Un seul chef d’Etat d’un pays dit démocratique, un seul libéral, socialiste, anarchiste s’est-il levé pour dénoncer l’abandon même des apparats de démocratie que la Chine fait semblant d’exhiber depuis 1989, dernier massacre de masse médiatisé, sur la place Tien an Men.

La misère se tait dans la moiteur des rizières

Il est vrai que la Chine par plusieurs aspects s’est hissée au niveau des grandes puissances européennes et mondiales. Comment ? en les imitant. En pire. Si la richesse globale augmente tendanciellement, les niveaux d’inégalités de revenus, de répartition des richesses et du capital sont plus proches de ceux de l’Afrique du Sud ou des Etats Unis que de ceux des pays européens. Si le modèle de répartition des richesses est américain, la RPC emprunte à l’Europe sa plus vile passion, le néo-colonialisme. Sous couvert d’investissements à l’étranger, d’encouragement au développement, la Chine s’installe partout en Afrique, supplante les historiques réseaux françafricains, important jusqu’à sa propre mafia. L’Afrique se fait piller, littéralement par tout le Monde.

Sans donner de cours d’histoire, les chinois et les russes on cela en commun de n’avoir jamais connu la démocratie. Comment avoir de peine de cœur si l’on n’est jamais tomber amoureux ? Evidemment, le peuple chinois n’est pas totalement docile et obéissant au gouvernement. Bien sûr qu’il a conscience de vivre dans un régime autoritaire et liberticide. Mais que faire ? Est-ce possible de trouver la force de se soulever quand chaque instant l’autorité nous garde l’échine pliée ?

 La Fureur du Dragon

Dans les années 1970, Jackie Chan fait revivre la tradition du film de kung-fu et l’exporte à travers le monde. C’est pour beaucoup le premier contact avec Hong Kong. Enclave britannique, réminiscence de l’impérialisme anglais, Hong Kong se fait connaitre, permet aux occidentaux de faire revivre leurs fantasmes d’orientalisme que les cloisons chinoises leur interdisent. Hong Kong se développe, contraint par un statut ambiguë vis-à-vis de la Couronne, mais bien content de n’appartenir à la Chine encore rouge sang. Habitué au libéralisme anglais, Hong Kong a pendant toute la Guerre Froide fait office de terre d’accueil aux opprimés du régime chinois, pendant les temps de famine comme en 1960, ou après le massacre de 1989 par exemple. Hong Kong, par habitus et structuration, se confond dans les pratiques politiques de la Common Law, des principes de séparation des pouvoirs et du libéralisme politique et économique anglais.

En 1997, le contrat de propriété sino-britannique de Hong Kong arrive à son terme. Le territoire est rétrocédé à la Chine en ces conditions : « un pays, deux systèmes ». L’heure de la semi indépendance semble avoir sonné. L’enclave n’en est plus une, se dote d’un parlement et d’une Loi Fondamentale. L’article 5 de cette dernière stipule : « le système et les mesures socialistes ne seront applicables dans la Région Administrative Spéciale de Hong Kong, et le système capitaliste et son mode de vie resteront inchangés pour 50 ans. ». Comment être plus clair ? Hong Kong est et restera dissident (curieuse dissidence que la dissidence capitaliste toutefois).

On l’a dit, Hong Kong tient à sa liberté, à son autonomie et au respect qu’il mérite. Ainsi, régulièrement, le peuple hongkongais rappelle au gouvernement chinois le non-respect de la doctrine « un pays, deux systèmes ». Depuis 2007, Hong Kong réclame l’instauration du Suffrage universel pour élire ses dirigeants. En 2014, Pékin accepte, à condition que les candidats soient validés par le Parti Communiste Chinois. Pour les pro-démocrates élevés aux idéaux du pays de Locke et Mills, c’est un nouvel affront à la volonté populaire hongkongaise. Cela aboutit à 70 jours de manifestations, la jeunesse réalisant enfin son Printemps, son 1968. L’Histoire s’en souviendra comme « La Révolution des Parapluies ». Les élus hongkongais ont refusé le projet chinois, et ont donc repoussé dans le même temps l’idée d’un Suffrage Universel institutionnalisé. Conséquence, le PC Chinois a bien désigné sa candidate, Carrie Lam, élue à la tête de l’exécutif de Hong Kong en 2017. C’est son projet d’autoriser l’extradition des délinquants hongkongais en Chine pour être jugés qui a déclenché depuis l’été 2019 une vague de manifestations, réprimée violemment par les autorités hongkongaises et chinoises. L’occasion pour les forces de police d’emprisonner les leaders pro-démocrates, de déclarer la manifestation illégale, et d’user de la force sous toutes ses formes, lacrymos, lances incendies, grenades de dispersions… Pourquoi n’y aurait-il que Christophe Castaner qui pourrait s’amuser après tout ?

Paradoxe d’une volonté de liberté

Le PCC a été clair, il ne fléchira pas vers le Suffrage Universel, ni la démission de Lam. Le projet de loi sur l’extradition a lui été abandonné par les autorités chinoises. Les manifestations ne se sont pas pour autant calmées. L’affaire a réveillé les volontés démocrates des hongkongais, ils réclament de plus une commission d’enquête sur les violences policières (C’est Christophe qui va être jaloux…), et réitèrent les critiques quant à la trop grande domination chinoise sur le territoire, pas totalement indépendant cela dit. Les 7 millions de hongkongais semblent bien seuls à tenir tête à l’un des plus grands régimes autoritaires contemporains. Le paradoxe est là. Pour accéder à la liberté, à la démocratie, Hong Kong en appelle au Royaume Uni, les derniers occupants du lieu, pour faire respecter l’accord de 1997 signé avec la Chine. De même, sans le soutien au moins officiel de la diplomatie américaine, le projet d’extradition n’aurait sans doute pas été retiré si vite. Evidemment, dans l’époque qu’est la nôtre, les liens diplomatiques sont la clé de l’harmonie du concert des nations. Cela dit, comment être libre si l’on reste dépendant des autres ? Non que l’Union ne fasse pas la force, mais l’union souvent cache la domination, la force des uns au détriment des autres. La realpolitik étouffe le vent du changement, Hong Kong est soutenu lors des défilés caducs des images et des discours, mais la région est bien seule à mener de front la lutte vers l’indépendance, la dernière utopie, celle de la liberté.

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