Car oui, autant le dire d’entrée de jeu, si autant de personnes se sont ruées sur un tel objet fort peu convaincant, voire franchement gênant et ridicule (en plus de médiocre), c’est bien qu’elles avaient le besoin profond, presque mystique justement de croire en quelque chose de contraire à la parole officielle décrédibilisée. Une partie de la population s’est sentie le besoin de sacraliser le discours de Hold up dans le même laps de temps où sa perception du monde était désenchantée. Dans Hold up, il est avant tout affaire de croyances et non plus de faits. C’est là tout le problème : en brouillant les frontières entre les faits et les opinions, entre la science et la croyance, entre l’investigation et le conspirationnisme, Hold up capitalise sur la manipulation de masse. Cela même qu’elle prétendait dénoncer. Quelle part de responsabilité tiennent les grands médias et les politiques ? Hold up a t-il réellement l’ambition de délivrer les peuples de l’emprise des puissants qui tirent les ficelles ou bien est-il seulement un coup de génie marketing pour faire du business sur la peur et l’ignorance ? Désintox prêche le vrai dans un océan de croyances.

Disons-le, s’il est si exigeant de démonter les thèses conspirationnistes, c’est qu’il est bien plus simple de séduire que de convaincre. Et par définition, un complotiste s’en remet toujours à la croyance et non à la pensée rationnelle. Il laisse l’opinion prendre l’ascendant sur la science et ses sentiments et ses émotions vaincre son esprit critique. Puis il se livre aux hypothèses qui confirment ses croyances de départ plutôt qu’à celles qui se fondent sur les faits, connus et avérés. C’est là ce qu’on appelle le biais de confirmation. A ce stade, nous ne chercherons donc pas à convaincre ceux qui n’ont aucun doute sur la fiabilité de ce documentaire. Pour ceux-ci, la messe est dite et Hold up est parole d’évangile face aux mensonges et autres manipulations du système. Désintox s’adresse à ceux qui veulent mettre à l’épreuve leurs certitudes, trouver des réponses face à leurs doutes, dissiper leurs peurs au profit d’une pensée rationnelle, nécessairement plus complexe que le laisse présager cette production. Dans les prochaines semaines, nous publierons un travail dense, méthodique, sourcé sur les affirmations du film. Ici, je vais m’en tenir à quelques procédés qui sautent aux yeux.

Autant le dire tout de suite, détricoter le documentaire n’est pas une fin en soi. La plupart des grands médias font tellement un travail foireux qu’ils sont presque directement responsables du succès de Hold up. Mais ne pas le réduire en miette (car c’est ce qu’il mérite), ce serait le laisser gagner. Ici, je crois que je fais pourtant le travail de ceux qui jouissent d’une audience autrement plus importante pour faire de la pédagogie et de l’information de qualité.

Hold up met en évidence les défiances populaires à l’égard du système

Le succès de Hold up est préoccupant parce qu’il montre que les gens sont prêts à croire n’importe quoi dès lors que l’apparence est donnée à la dénonciation de l’ordre établi. Il est urgent de remettre de l’éducation aux médias à l’école, de faire en sorte de développer l’esprit critique. Quant aux grands médias, qu’ils prennent toute la mesure de leur responsabilité dans ce naufrage. Si les gens ne croient plus en rien, enfin plutôt s’ils croient en tout, c’est d’abord la faute du système qui est censé donner à chaque citoyen les moyens de faire les bons choix en pleine connaissance de causes.

En revanche, et ce sera presque le seul aspect positif, le documentaire parle à des gens qui ont l’intuition (sans doute bonne) qu’ils ne savent pas tout et qu’il y a des choses louches derrière tout ça. Cette intuition est saine, à condition qu’elle soit mise à profit dans la compréhension des systèmes à l’œuvre. Il faut donc explorer ces points de tension (confinement, intérêts et lobbies, gestion de crise, vaccin, etc.) pour faire une analyse rationnelle et fondée, tout l’inverse de Hold up qui se donne l’apparence d’une véritable investigation journalistique tandis qu’il n’offre que du sensationnel pour exciter une audience adepte des sensations fortes. L’objet d’un bon travail journalistique est de mener l’enquête pour éclairer la vérité, pas de semer le soupçon pour servir sur un plateau le discours que tous les complotistes ont envie d’entendre. Hold up s’est engouffré dans une brèche à succès car, oui, il y a des intérêts, oui il y a des lobbies, oui il y a des affaires de gros sous, oui il y a des décisions politiques incompréhensibles voire autoritaires et une dérive de la pratique du pouvoir face aux libertés mais rien de tout ça ne s’inscrit de façon concertée, délibérée et unilatérale dans une conspiration mondiale orchestrée par un groupuscule mystérieux de puissants pour nuire à la totalité du reste de la population.  Mon angle est de faire voir que le documentaire a investi cet espace à contre-courant de la pensée unique et de la parole officielle mais à coup de mensonges et de sensationnel. D’ailleurs, l’ensemble produit quelque chose d’assez absurde où on mélange ceux qui contestent des décisions politiques, ceux qui critiquent des choix, ceux qui pointent du doigt les lobbies et les conflits d’intérêts et enfin des complotistes, tout ça pour donner l’illusion d’une grande machination alors qu’aucun ne pense la même chose et ne parle du même phénomène. Hold up, par son montage pervers, insinue pourtant le contraire sans jamais dire la finalité d’une telle entreprise. Dans tout ça, quasiment rien n’est sourcé. En fait, c’est une astuce bien connue des conspirationnistes, on appelle ça un millefeuille argumentatif.

Critiquer la politique de la peur… par une peur sensationnaliste

C’est un peu triste pour lui, mais Hold up est devenu l’idiot utile du système. En prétendant dénoncer de façon risible le grand complot mondial, il discrédite toutes les critiques que l’on peut pourtant rationnellement formuler sur les décisions politiques, le traitement médiatique, les prises de paroles des uns et des autres, etc. A l’arrivée, on ne peut que le démonter en règle, c’est une obligation morale. Ce documentaire, ce n’est pas du travail sérieux, tout est fait pour tromper dans un tissu de mensonges. Et c’est bien dommage, parce que s’agissant des décisions gouvernementales, au sujet des libertés essentielles en passant par les enjeux médicaux et économiques, sans oublier les médias, il y en a des critiques à faire et des choses à dire. C’est là où j’en veux à Hold up, pas d’avoir voulu se faire du fric sur le dos d’une population trop longtemps trompée au point de devenir une cible facile – ça c’est le modèle économique d’un certain nombre de grands médias et personne ne leur dit rien – mais plutôt d’avoir construit une vaste arnaque en jouant avec les peurs et les doutes légitimes des gens dans un espace qui méritait pourtant de la rigueur et de l’honnêteté intellectuelle. Il a converti ces questionnements sains – et nécessaires quand on promeut, comme Désintox, l’esprit critique et le doute méthodique (pas sceptique) – en croyance aveugle en une obscure religion manipulatrice. Hold up, c’est un peu comme une secte finalement, ça clive, quoique ceux qui y entrent ne sont pas forcément les plus bêtes. Finalement, tant mieux que ces gens là se posent des questions sur ce qui se passe et cherchent à comprendre. Ils sont simplement trompés et manipulés par des gens qui maîtrisent complètement les images et les discours médiatiques sans appliquer la déontologie qui va avec quand on veut produire de l’information sérieuse et honnête. Et en ce sens, Pierre Barnérias est dangereux. Il donne ici à cette audience réceptive tout ce qu’elle voulait entendre : des vérités générales et des banalités déconcertantes mais aussi des faits mélangés à des opinions de personnalités parfois très peu recommandables. En bref, il fait un savant mélange de tout ce qui est sujet à séduire. Or, la séduction, c’est une façon pernicieuse de manipuler son public. La séduction, c’est la recherche de l’adhésion non pas sur la base de faits, de science, de vérités, mais sur la base d’émotions, d’opinions, d’approximations et d’hypothèses biaisées. L’opinion, qui va de pair avec le biais de confirmation, c’est la croyance. L’esprit critique, qui passe par la recherche des faits, à partir de sources croisées et fiables, scientifiques, c’est la pensée.

Les leviers de l’imposture

  1. Le millefeuille argumentatif

Hold up ne va rien inventer en la matière. Comme souvent dans un travail peu rigoureux, on cherche à donner le plus de gages possibles de la densité argumentative. C’est une façon malicieuse de noyer le poisson. Ce qui compte, ce n’est plus tant la cohérence réelle de l’argumentation mais la quantité qui doit donner le sentiment d’une logique implacable des faits en rendant impossible le recul du spectateur sur les informations délivrées. Chez Hold up, cela passe par les multiples interventions de personnalités diverses qui s’enchaînent sans lien les unes avec les autres. L’effet produit est celui d’une impression de consensus sur la machination à l’œuvre et sur ce grand complot qu’aucun n’ose dénoncer explicitement. Cette utilisation abusive de l’implicite brouille le message, induit en erreur, trompe l’audience. Pire, elle instrumentalise les rares propos intéressants du documentaire et décrédibilise les pistes utiles pour interroger notre propre esprit critique.

  1. L’insinuation 

Tout le documentaire est construit de sorte à donner l’illusion qu’une grande machination est en marche, qu’elle est orchestrée sciemment pour nuire à la population. Jamais aucun argument rationnel n’est avancé, les chiffres sont pris dans une logique peu rationnelle. C’est le cas des chiffres sur la Suède qui montreraient que le pays s’en sort mieux que les autres alors qu’il n’a pas pris de mesures sanitaires aussi spectaculaires que dans le reste de l’Europe. A ce sujet, les chiffres avancés sont inexacts, ils sont biaisés ainsi que l’explique très justement Science et Avenir

Extrait de la courbe présentée dans le documentaire

Sur ce graphique, on peut voir un pic de mortalité à 111 morts en 24h en Suède, contre 1.438 en France. Ce dernier chiffre est inexact : en avril, les remontées de décès dus au Covid-19 étaient décalées dans le temps selon qu’elles provenaient des hôpitaux, des Ehpads ou du domicile. Le mercredi 15 avril, tous les décès n’avaient pas eu lieu en 24h mais étaient une réévaluation des chiffres du week-end, rappelait Jérôme Salomon, directeur général de la Santé. En réalité, si l’on lisse les chiffres sur une semaine sur le site worldometers, le pic français a eu lieu le 8 avril, avec 975 morts, contre le 16 avril avec 99 morts en Suède, soit environ 14,5 décès par million d’habitants en France contre 10 en Suède. La différence est donc bien plus faible en réalité qu’annoncée dans le documentaire. De plus, si on ne comptait le 14 octobre en Suède que deux ou trois morts par jour et – tout de même – 687 cas -, les chiffres montrent au 12 novembre une flambée quotidienne de quelques 4.200 cas, qui ne font encore « que » 15 morts par jour. Mais la maladie tuant sur plusieurs semaines, il est à craindre que le pic de décès suive, lui aussi. Enfin, la Suède a le taux de mortalité le plus élevé des pays scandinaves, à faible densité de population (21 habitants au km2 contre 105 en France), et ayant donc plus de facilité à respecter la distanciation sociale. Car n’oublions pas que même sans confinement strict, la Suède a appelé ses citoyens fragiles à se confiner, a fermé les classes d’enfants de plus de 16 ans et a interdit les rassemblements de plus de 50 personnes.” En quelques phrases, Sciences et Avenir a fait plus d’investigation journalistique que Pierre Barnérias dans tout le documentaire.

Quant à l’argument de la stratégie efficace de la Suède, cette lecture est également biaisée, et je renvoie vers l’excellent travail d’Osons causer à ce sujet.

Le documentaire pourrait critiquer les mesures prises, s’interroger sur les choix, sur les incohérences, sur les absurdités. Là, il suggère qu’un complot mondial est à l’œuvre sans jamais aborder ses finalités. En ce sens, on peut prendre l’exemple du récit lunaire de la députée ex LREM Martine Wooner qui décrit Olivier Véran fou furieux au cours d’une visioconférence avec des députés, “j’ai cru que le ministre allait sortir de mon ordinateur, il s’est rapproché de la caméra, il m’a insultée devant tous mes collègues, il hurlait, il avait les yeux exorbités, en me traitant de médecin indigne, que c’était scandaleux que l’on puisse imaginer d’utiliser ce type de molécule » alors qu’elle évoque l’interdiction de l’hydroxychloroquine à ce sujet. Ce récit participe à insinuer que le Ministre sert des intérêts privés, qu’il manigance contre les citoyens. A l’inverse, jamais la question des risques réels et étayés scientifiquement de l’hydroxychloroquine ne sont mis dans la balance.

  1. Le choix des intervenants

Le casting est à la fois douteux et surprenant. On y retrouve ainsi (liste non exhaustive) :

  • Philippe Douste-Blazy : ancien ministre de la Santé, sans doute choisi car il fait figure d’autorité, qui s’est très vite dit “scandalisé” par Hold up et a demandé à être retiré du documentaire ;
  • Jean-Dominique Michel : anthropologue autoproclamé qui s’est fait connaître par ses discours anti-science et bien connu pour ses positions, savant mélange de mensonges et d’absurdités, une fois n’est pas coutume ;
  • Christian Perronne : chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Garches, qui sert un peu de figure d’autorité dans Hold Up, la caution scientifique de Barnérias, également conspirationniste à ses heures perdues, notamment connu pour s’être improvisé expert de la maladie de Lyme. Selon lui, on constate depuis des années une explosion de cette infection parce qu’un chercheur en virologie nazi réfugié aux Etats-Unis aurait modifié génétiquement des  tiques. Voilà le travail. Il déclare au Journal du dimanche en 2016 : « L’armée américaine et les scientifiques sous sa coupe ont [donc] tout intérêt à cacher l’épidémie ». Même Didier Raoult le dénigre dans une chronique pour Le Point la même année, en disant de lui qu’il est un « confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine » et qui a « embrassé les théories alternatives ».
  • Jean-Bernard Fourtillan : carrément arrêté pour un important scandale sanitaire puis finalement interné le 7 décembre dernier dans un établissement psychiatrique. Célèbre anti-vaccin, il mettait en cause l’Institut Pasteur comme étant à l’origine du Covid 19. Ce-dernier l’a poursuivi pour diffamation. Pourtant, l’homme est accusé d’avoir exercé illégalement la profession de médecin ou de pharmacien et d’avoir ainsi mené un essai clinique clandestin sur plus de 350 personnes atteintes d’Alzheimer ou de Parkinson dans une abbaye de la Vienne. Ainsi, l’imposteur donnait aux malades des patchs de valentonine qui permettent de mieux dormir. Il confie d’ailleurs, tenez-vous bien, avoir eu une « révélation divine » lui confiant qu’elle pouvait guérir les maladies neurodégénératives. Une certaine idée de la médecine.

La liste est longue et nous y reviendrons dans la suite de notre travail de décryptage, vous en savez déjà trop pour y croire plus longtemps.

  1. Le biais de confirmation

Le documentaire use du biais de confirmation de façon excessive. Il faut dire qu’il est une mine d’or pour tous ceux qui rêvaient qu’on leur dévoile un complot. Le biais de confirmation est une posture qui consiste à privilégier les informations et les témoignages qui confortent nos croyances initiales sur un sujet. Hold up forme un tout homogène du point de vue du discours et ne permet pas de contrebalancer les arguments en confrontant les hypothèses, les faits et les points de vue. Il est biaisé jusqu’à la moelle.

  1. L’approximation voire le mensonge

Chaque intervention, que nous prendrons le temps de vérifier dans un prochain Désintox, est au mieux inexacte, au pire totalement fausse. C’est par exemple le cas au sujet des brevets de l’Institut Pasteur (à 1h49 minutes). Le documentaire explique avoir mis la main sur des brevets de 2004 et 2013 appartenant à l’Institut en question permettant de prouver que le virus SARS-CoV-2 est le produit d’un laboratoire. Pourtant, c’est faux. Ces brevets ne concernent pas la fabrication d’un virus mais la mise au point d’une stratégie vaccinale déclenchée, en France notamment, en réponse initiale au SARS-CoV-1 de 2002. Hold up manipule donc les faits puisque ces brevets sont une réponse et non pas une cause au virus ainsi que le développe plus en détails Science et Avenir.

D’ailleurs, c’est qui Pierre Barnérias ?

Pierre Barnérias n’est pas un débutant. Il connaît les recettes du succès à base de théories sensationnalistes et d’enfumage. C’est un peu le monsieur religion de la télévision. Et c’est déjà un problème car, pour lui, la vérité scientifique est contestable par la foi. Passé par Le Jour du Seigneur, l’émission dominicale de France 2, il réalise le documentaire À qui profite le flou ? en 2013. Proche de la Manif Pour Tous, il tente de démontrer que les images de la manifestation du 24 mars 2013 ont été truquées par la Préfecture de police de Paris pour diminuer le nombre de participants sur les photographies. Théorie fumeuse à souhait, elle est retoquée par l’AFP et la Préfecture. Pire, en 2014, il avait réalisé le film M et le Troisième Secret consacré aux apparitions de la Vierge Marie, notamment à celle de Fatima en 1917. Dans une espèce de délire religieux et paranoïaque, il s’embarque dans la description d’une machination qui va jusqu’à mêler le parti communiste français et bien sûr les francs-maçons. Il en parle lui-même comme d’“une enquête de 4 ans qui dévoile le troisième secret de Fatima, que le Vatican a refusé de révéler au monde pendant des années” en vantant “des révélations surprenantes sur le Vatican”. Dans ce film, il prétend tenir ses sources de la Vierge Marie elle-même.

Adepte des pseudo sciences, il a également réalisé, en 2019, Thanatos, l’ultime passage consacré au expériences de morts imminentes puis ouvert sa chaîne sur ce thème avant de la consacrer aux théories complotistes sur la pandémie de Covid 19, sa recette à succès pour brasser des centaines de milliers d’euro grâce au financement participatif. Chacun pensera ce qu’il voudra d’un réalisateur qui place la foi au-dessus de la science.

Quasiment aucune des affirmations du documentaire n’ont de lien entre elles et aucune n’est sourcée, preuve à l’appui. On a tour à tour de vagues insinuations sans logique clairement énoncée, des déclarations frauduleuses proférées sur le ton de la vérité scientifique de la part de personnalités peu fréquentables, des opinions générales qui n’ont donc valeur que d’opinion (et l’opinion, rappelons-le, c’est l’ennemi juré de la science) et des faits associés complètement détournés de leur sens initial. L’ensemble produit grossièrement l’apparence d’une gigantesque machination, là où il n’y a, en réalité, qu’une mosaïque de déclarations hors sol. C’est plutôt habile. Alors, évidemment, le documentaire ne part pas de rien : on le sait, pas besoin de complot pour ça, il y a d’énormes intérêts financiers en jeu, nos gouvernements sont parfois corrompus, maladroits, menteurs, incompétents ou juste bêtes, les médias font souvent mal leur travail et diffusent eux-mêmes des théories fumeuses avec des pseudos experts en plateau d’une seule et même tendance politique. Mais ça on le savait déjà. Bref, le terreau pour que le documentaire soit avalé sans broncher est très fertile. A condition qu’on ne soit pas éduqué aux médias du moins. Et c’est là tout le problème. Le documentaire vient combler un espace où il sait qu’il va séduire le spectateur qui a la bonne intuition de ne pas croire tout ce qu’on lui dit et de s’interroger sur la vérité. Seulement, il détourne cette bonne intuition avec vice pour faire pire que tous les premiers cités : il manipule, sans scrupule, en agitant les peurs et les angoisses. C’est la société du spectacle mise en abîme, un documentaire prétendant dénoncer un complot auquel il donne lui-même corps de toute pièce. Car s’il y a des systèmes, des intérêts, des puissants, des lobbies, des sphères de pouvoir et j’en passe, il n’y a jamais aucun complot mondial qui tienne car personne ne partage jamais totalement des intérêts concordants pour le mettre en œuvre.

Hold up ne peut donc que séduire et non pas convaincre. S’il investit un espace à succès en prenant enfin le contre-pied tant attendu du discours officiel, il le fait avec beaucoup de cynisme et de lâcheté. Il trompe son monde et finit par se faire prendre à son propre jeu, au point de redonner, bien malgré lui, du crédit à ceux-là mêmes qu’il prétendait dénoncer. Bien sûr, il parle à une audience qui lui est acquise. Inutile donc de fournir un travail rigoureux car ceux qu’il a fascinés étaient de toute façon prêts à croire n’importe quoi, du moment que leur opinion était confortée. Il y a un manque d’honnêteté intellectuelle criant qui est indigne d’un travail journalistique. Il ne faut pas confondre le travail journalistique qui débouche sur de l’information qualitative avec la démarche sensationnaliste qui, bien souvent, ne produit que des étrons. Hold up laisse le très désagréable sentiment d’être trompé et dégage une suffisance assez infecte qui pourrait lui valoir les pires critiques, si seulement son réalisateur n’était pas déjà connu pour ces déclarations et positions lunaires. A défaut d’être un documentaire d’investigation qui éclaire les peuples en faisant éclater la vérité, Hold up est une démonstration de manipulation des masses fondée sur un délire dont chacun pourra juger de l’intensité. Désintox ne perd pas foi en l’esprit critique et garde la raison comme seule religion médiatique.

A suivre : un travail exhaustif et sourcé de debunkage des affirmations du documentaire

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