Les « Damnés de la Terre » se joignent aux revendications sociales

On attaque l’année par une actualité brûlante. Vous n’êtes certainement pas passés à côté depuis un mois, la France est en partie paralysée par les grèves et manifestations d’opposition à la réforme des retraites initiée par le gouvernement d’Emmanuel Macron. Des revendications sociales qui s’ajoutent à celles que le pays connaît depuis 2018 et au début du mouvement des Gilets Jaunes.

Certaines catégories professionnelles sont mises en avant depuis le début du mouvement puisqu’elles s’opposent à la disparition des régimes spéciaux. D’autres en revanche le sont beaucoup moins. C’est le cas des archéologues. Pourtant, un collectif « Archéo en Lutte » a vu le jour et participe depuis quelques temps aux différentes manifestations dans les différentes villes françaises.

Le Logo du groupe « Archéo en Lutte »

Les raisons ? Apporter un soutien aux contestations sociales et surtout montrer la précarité d’exercer le métier d’archéologue en France aujourd’hui. Dans les rues de Strasbourg, le 17 décembre dernier, on pouvait lire une banderole éloquente. Décortiquons cela ensemble.

« Loi du Marché – Patrimoine bradé, précarité, sciences au rabais, C’est ça l’archéo ? » © Rue89 Alsace

« patrimoine bradé » et « sciences au rabais ». Ces mots forts attestent du problème que connaît aujourd’hui cette profession : un manque de reconnaissance et une mise au placard des études archéologiques au profit d’autres projets. Des projets comme une autoroute, un immeuble, une piscine, une entreprise et toutes autres infrastructures coûteuses qui nécessitent une phase d’archéologie préventive…

L’archéologie préventive est une phase de fouilles obligatoire à effectuer avant la construction d’une nouvelle infrastructure. À l’inverse, l’archéologie programmée est une phase de fouilles prévue de longue date dans le cadre d’une recherche et d’une investigation scientifique.

Problème : à l’heure actuelle, c’est l’archéologie préventive qui est très largement majoritaire et cette dernière subit souvent de lourdes pressions de la part des entreprises qui souhaitent faire accélérer le processus. Résultat : des études bâclées pour respecter les délais. Et qui dit rythme de fouilles accéléré dit aussi moins de rigueur scientifique et perte potentielle d’éléments patrimoniaux remarquables, le tout au profit d’arguments économiques. Ce collectif dénonce donc une perte de sens du métier : « C’est ça, l’archéo ? ».

Je suis prête à accepter un maigre salaire parce qu’il y a de la concurrence

Pire encore que le patrimoine, c’est la profession elle-même qui est menacée par une multiplication des CDD de courte durée ou de l’emploi de bénévoles. Ce qui devrait être un métier de passionnés devient finalement un calvaire pour les jeunes débutants, qui se limitent à des rémunérations au SMIC malgré l’obtention d’un BAC +5. Rue89 a rapporté le témoignage d’une jeune manifestante à Strasbourg le 17 décembre : « Je suis prête à accepter un maigre salaire parce qu’il y a de la concurrence ». Cette déclaration est lourde de sens : les archéologues ne peuvent même pas exiger une meilleure situation à cause du manque de postes, ce qui fait parfois fuir les passionnés diplômés d’archéologie ne trouvant pas de travail. Pour compléter le tableau, l’ancienneté ne compte absolument pas, même une quinzaine d’années de métier ne garantit pas un emploi, fût-il même en CDD.

Le collectif s’est ainsi monté dans le but de dénoncer cette précarité. Pas certain, hélas, qu’il soit entendu…

Le mythe fondateur de Marseille remis en cause par les archéologues ?

Le problème avec les mythes fondateurs c’est qu’il est très difficile de les démontrer ou, à l’inverse, de les réprouver. Si Marseille est surnommée la cité « phocéenne », c’est tout simplement pour rendre hommage aux marchands de la cité grecque de Phocée (actuelle Turquie) étant venus s’installer sur les côtes de la Gaule aux alentours de 600 avant J-C.

L’origine de cette fondation repose essentiellement sur un beau mythe, celui des amours de Gyptis et Protis. Protis, jeune aventurier phocéen serait tombé amoureux d’une princesse du peuple celte local : les Ségobriges (petit peuple gaulois à l’image des Ségusiaves).

Le mariage de Gyptis et Protis Crédits : © Aquarelle Sandrine Duval

Cette union est relatée par divers historiens antiques tels que Aristote. Ce dernier met l’accent sur un amour qui permit également d’allier les civilisations celtes et grecques (comme quoi être sentimental, ça sert parfois !). C’est de ce lieu d’union qu’aurait découlée la fondation de la ville de Massilia (future Marseille), appelée à devenir l’un des plus grands ports commerciaux de la Méditerranée.

MAIS… certains archéologues commencent aujourd’hui à remettre cela en question. En effet, le site archéologique de Saint-Blaise, près de Martigues, atteste de la présence d’un oppidum celte antérieur à la fondation de Marseille (environ une quarantaine de kilomètres). Cet oppidum était occupé par le peuple des Ségobriges, souvent oublié, qui s’étendait sur cette partie du Languedoc.

Le territoire des Ségobriges – Crédits : © Aquarelle Sandrine Duval

Jean Chausserie-Laprée, conservateur au musée de Martigues, est interrogé par l’émission Carbone 14, le magazine de l’archéologie de France Culture. Il a fouillé cet oppidum où des traces d’habitats très anciens ont été découvertes. Il est aujourd’hui persuadé que l’union de ces deux illustres personnages a eu lieue sur le site de Saint-Blaise et non pas directement sur la côte marseillaise.

Par ailleurs, les fouilles de l’oppidum ont donné lieu à la découverte d’un bol à oiseau venu de Grèce orientale, preuve d’échanges entre les deux civilisations. Comme quoi, les découvertes archéologiques peuvent parfois remettre en question nos plus anciennes traditions !

La Pierre viking de Rök

Vous cherchez désespérément une solution au réchauffement climatique autre que la suppression des pailles dans les Fast-Food ? Et bien ne cherchez plus, faites comme les vikings et érigez des pierres pour invoquer la clémence du climat !

Au IX° siècle, près du Lac Vättern en Suède, un immense bloc de granit fut dressé par les vikings. Ce dernier contient le plus grand texte runique connu à ce jour. Sur cette pierre se trouvent 700 runes qui peinent encore aujourd’hui à être déchiffrées.

Pendant longtemps, on attribua dans ces textes une référence à Théodoric Le Grand, l’empereur des ostrogoths :

« Þjóðríkr le courageux, chef des guerriers de la mer, régna sur les côtes de l’Océan Hreið. Maintenant il est assis armé sur son (cheval) goth(ique) »

La référence à un empereur ostrogoth en Suède est ce qui fit en partie la renommée de cette pierre de Rök, mais comme l’Histoire et l’archéologie sont constamment réévalués… la donne pourrait changer.

Une nouvelle étude de l’Université d’Uppsala remet cela en question (décidément c’est le maître mot dans cette article). Selon des spécialistes de la culture et des langues scandinaves, la pierre reflète des angoisses particulières : la perte d’un fils et… la crainte d’une crise climatique comme celle de 536-540 (dont les ancêtres des Vikings furent au premier rang).

Il est encore aujourd’hui difficile de définir quelle version est la plus plausible mais cette nouvelle étude évoque neuf énigmes : cinq sur le soleil (d’où l’importance du climat) et quatre sur le puissant dieu Odin.

Le site GéoHistoire a consacré une petite vidéo explicative, que je vous laisse consulter sur leur site.

Merci d’avoir lu et à très bientôt !

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