Bonjour.

Ô temps, suspends ton vol blablabla…

Pas de ça aujourd’hui, merci monsieur le ministre. Lâche-nous la grappe avec ton lac, on en a soupé. Aujourd’hui, nous prenons de la hauteur. Et pourtant le danger nous guette, nous sommes au sommet du gouffre. On m’a rapporté des nouvelles troublantes. Des informations particulièrement inquiétantes qui semblent se répandre à une allure étourdissante. Qu’entends-je ? Qu’ouï-je ? Il paraîtrait qu’une image vaudrait mieux que mille mots.

Vous me voyez interloqué. Abasourdi par cette nouvelle. Personne ne m’a prévenu. C’est un choc. Des questions restent cependant en suspens. C’est évident, sinon je vous laisserai juste avec l’image et je serais déjà en train de chercher une reconversion dans l’industrie automobile.

Comment ça « vaut » mille mots ? Ça vaut quoi mille mots ? Je veux dire, au poids, c’est pas vraiment avantageux, à moins de se remettre aux tablettes en argile mais bonjour la tronche des journaux après ça. En plus c’est hyper salissant. A tout péter, en recto verso, ça vous fait quoi, 20 ou 40 grammes, et encore, ça c’est le poids du papier… En effet, ça vaut pas grand-chose. Sauf pour Le Monde, apparemment… Le poids des mots, le choc des photos, qu’ils disaient. Double dose. On t’écrase et après on t’en met une, juste par acquis de conscience.

Non et puis ça dépend. Pensons-y un peu. Les mots de qui ? Les miens ? Je veux bien croire qu’ils ne valent rien. Je le revendique, c’est tout l’intérêt. Les mots des autres ? Quels autres ? En général, les autres c’est tout le monde sauf moi. Et tout le monde sauf moi, je m’en tape un peu.

De quelle valeur parle-t-on ? Les mots de Baudelaire ont-ils plus de valeur que ceux de l’épicier du coin de la rue ? Je dis non. Et je le dis avec véhémence, pas parce que je suis énervé, mais parce que j’aime bien ça.  Les mots de Baudelaire sont-ils meilleurs parce qu’ils sont bien symétriques et qu’il y a pas une patte qui dépasse ? Foutons un peu de désordre là-dedans voyons ! Publions un recueil de mon épicier, je peux vous assurer que ça poétise à tour de bras. Ça poétise bancal, ça pratique la rime contradictoire, mais de tous les mots, les plus beaux sont souvent ceux qui dépassent.

De l’autre côté, une image ne vaut pas grand-chose non plus. Au poids c’est pas bien mieux. Et pour le reste, demandons à Ray Charles ce qu’il en pense… Voilà… La démonstration est faite. Certaines ne valent pas un rond. Et d’autre nous arrachent quelques secondes d’attention. Et pour celles-ci, c’est gagné, champion du monde, une médaille, un bouquet de fleurs, le champagne et allez, soyons fous, la légion d’honneur.

Mais revenons aux mots, après tout, chacun son domaine. Est-ce que Yann Artus Bertrand vient vous causer littérature sur son temps libre ? Je ne crois pas. Les mots n’ont pas de sens, je crois que j’en donne la preuve chaque semaine, pas de poids, pas de valeur autre que celle du prix qu’on colle sur la couverture. Ceux-ci sont gratuits, c’est cadeau, promotion exceptionnelle, buffet à volonté, tout doit disparaître.

Quoique… Il y aurait bien quelque chose… Partons dans un grand voyage ensemble, jusqu’à la contrée lointaine du haut de la page et de cet épisode de Stock Stories. Vous vous demandiez alors, en voyant cette superbe photographie dans quelle direction j’allais vous emmener et vous commencez maintenant à vous dire que je me fous un peu de votre gueule, je n’en ai pas parlé un instant. Et je ne peux que vous donner raison. Voilà maintenant trop de temps que je vous parle pour ne rien dire, et pourtant, vous êtes toujours là. Ce qui m’étonne plus que vous encore. Vous perdez avec moi un peu de votre temps pour que je puisse vous raconter mes inepties. Je vous en remercie, c’est trop d’honneur. Non, vraiment, j’insiste. Je voudrais remercier ma famille, mes amis, tous ceux qui m’ont accompagné jusqu’ici et sans qui rien de tout ça n’aurait été possible. Mais surtout, merci à vous, qui me laissez un peu de votre temps, pour ne parler de rien, pour digresser, ou vaguer, je sais, je l’ai déjà faite la semaine dernière, mais ici on est pas chez les souillons, on recycle.

Lecteur ! – et là je passe en adresse directe pour créer un palier de tension dramatique – C’est bel et bien toi qui décide. Toi qui accepte ou non de passer quelques instants avec un auteur en manque d’attention. Toi qui détermine ce que valent les mots. Car, je crois, la seule valeur des mots, c’est celle du temps qu’on accepte de leur consacrer.

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